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Heavy is the cost ( Ft Nemo)

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Piranha Cannibale
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Dim 24 Avr - 14:14

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Heavy is the cost
Le vent effleure doucement mes cheveux, et une mèche s’envole. Mes cheveux… Ils n’ont pas une couleur vraiment déterminée, ils changent sans cesse de couleur au grès de mes envies. Je sais qu’ils vont finir totalement grillés mais je m’en fiche. D’ailleurs en ce moment ils sont blonds, presque blanc. Ma tenue devrait peut-être me faire frissonner, mais en fait non. Ce vent frai, c’est ce dont j’ai besoin. Un jean troué, un débardeur lâche avec une brassière noire en dessous, laissant apercevoir tous les tatouages qui recouvrent mon corps. Vous devez sans doute penser que je suis une gaga du tatouage, et vous aurez raison, sans doute. Mais ce n’est pas tout. Ces tatouages n’ont pas que pour fonction de plaire ou dégouter. Ils camouflent toutes ces cicatrices que m’ont fait mon passé. Je baisse les yeux vers ce bracelet d’un autre temps qui enserre mon poignet. Ces cicatrices me viennent de séances de tortures que m’a offert mon ex beau-frère. Le frère de mon époux. Un prince pas très charmant et surtout très sadique. Mais le passé est le passé. Et je suis très sérieusement suivie par le Dr Hooper. Sans doute parce qu’il a peur que je devienne complètement zinzin. C’est vrai qu’après ces séances de tortures, il y a de quoi ne pas être équilibré. C’est ainsi que j’avais pris mon corps de créature mutilée et dysfonctionnel et que je m’étais ramenée jusqu’aux Docks. Ce lieu que j’aime tant. Pourquoi ? Parce que il me rappelle qu’un jour, j’ai voyagée dans cette étendue aqueuse, et que j’ai aimé ça. Depuis… Je n’y retournais pas vraiment souvent. Enfin si… Lorsque je n’allais vraiment pas bien, mais j’avais cette peur qui me prenais aux tripes. Toute celle que j’étais avait été détruit par le même homme. J’avais désormais l’impression d’être une survivante, une non-vivante plutôt. Je fermais doucement les yeux, profitant du doux son des vagues venant s’écraser à un mètre en dessous de moi. J’étais assise sur le rebord du mur, les jambes pendant dans le vide. Effleurant du bout des doigts ce bracelet. Créature tellement mutilée, j’étais légèrement handicapée lorsque j’étais sous ma forme écailleuse, pourtant je me sentais tellement bien… J’étais tellement heureuse lorsque je voguais au grès de mes envies dans cet eau si réconfortante. D’écume j’étais devenue femme, et de femme, j’étais devenu fantôme. Je m’imposais des limites, des carcans. Regardant l’onde noir et sale… Un sourire doux s’étala sur mon visage alors qu’une voix me soufflait mille et unes suggestions dans ma tête. Tel une morsure vorace et glaciale, la vérité m’éclata en plein visage. Si j’avais si peur de revenir dans cette eau, c’est que j’avais peur. Peur qu’un jour je sois de nouveau faite prisonnière par des filets, que l’Homme s’attaque à nouveau à moi et s’affaire à faire de moi du pâté de poisson. Je retirais alors mon haut, bien trop large pour moi, le laissant au sol, retirant par la même occasion mon pantalon, avant de tomber dans le « vide. ». Dans cette courte chute, le fait de ne plus avoir de sol sous les pieds l’espace d’un instant était plaisant. J’eus un court aperçu de ce qu’on devait ressentir, se balançant dans le vide. Je devrais peut être songer au saut à l’élastique un jour. Alors que l’onde noir se refermait doucement sur mon corps. Je retirais mon bracelet alors que la fraicheur vivifiante de l’eau me foudroyait. Une queue écailleuse remplaça mes jambes. Par rapport aux autres sirènes j’avais plus l’air d’un serpent de mer. La couleur blanc pâle et irisé tranchait avec l’eau sombre, et pourtant je me sentais tellement bien. Ce sentiment écrasa ma poitrine alors que ma main se serrait fort autour de mon bracelet. Si fort que mes jointures blanchirent. Alors que je sortais la tête de l’eau, un rire étrange sortait de ma bouche, avant de se muer en longs sanglots. J’étais une survivante à la peau laide et couturés de cicatrices, j’étais une survivante, et mon cœur était gravé au fer rouge de la haine des Hommes.
...



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Moby-Dick
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Lun 25 Avr - 20:41



   
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Victoria O'Donnel & Nemo


   
Le simple fait d'être en mer lui avait toujours donné des ailes. Cette mer qui grondait sourdement comme un fauve indomptable.  Qu'il était bon de revenir dans son lieu de prédilection. Qu'il était doux de ressentir son cœur battre au même titre que les vagues qui s'écrasent avec délicatesse sur la coque du bateau dans une explosion d'écume. Maintenant que les réparations à bord étaient terminées, Nemo avait laissé le Nautilus à quai, au profit d'une barque légère, plus humble mais surtout beaucoup plus maniable. Il avait passé la matinée à étudier les courants de cette baie qui lui était encore trop méconnue à son goût ; malgré toutes les recherches et études qu’il avait effectué à la bibliothèque auprès de Belle. Et à présent qu'un soleil pâlichon était sur le point d'atteindre son zénith, le capitaine du sous-marin avait finalement fait demi-tour pour retourner vers Storybrooke.

Donnant un rythme de croisière léger à son embarcation, Nemo aimait ces moments de face à face muets avec la mer ; il écoutait le murmure des mouettes, calquait sa respiration sur le fracas du ressac, inspirait l'iode et les cristaux de sel dont l'air était chargé jusqu'à être saoul d'oxygène. Ce spectacle sauvage, éternel recommencement, avait sur le capitaine un effet étrangement hypnotique ; à la fois apaisant et fascinant, il le transportait dans un univers où le temps n'avait plus d'emprise et où seul existaient la mer et lui. La mer et sa puissance insoupçonnable, caressante le matin et furieuse le même soir ; la mer infinie, sempiternellement égale à elle-même, immuable mais dont les nuances à la surface changeaient à chaque seconde ; et lui, minuscule et négligeable face à cette immensité d'eau, transie et émerveillé, adorateur respectueux qui n'avait de cesse de la défier, de jouer avec elle et d'apprendre à la connaître...

S’approchant doucement des longs quais des docks, il avait manœuvré de façon à se retrouver parallèles à eux. Il immobilise son embarcation un instant toutefois. Profitant d’un dernier instant où il est seul face à l’immensité marine, se sentant soudain ivre de liberté et de bonheur. Pris d’une impulsion soudaine, il se redressa jusqu'à être debout dans la barque vacillante, écartant les bras et offrant son visage à la féroce morsure du vent, un sourire radieux aux lèvres comme une offrande au Dieu des mers. Reprenant la barre, il continuait d’avancer vers le quai, distinguant désormais sans problèmes les silhouettes des navires. Et là sur l’une des jetées, une silhouette mince, pas la silhouette habituelle des marins qui foulent les docks. Alors il l’observe, intrigué tout en continuant de mener sa barque, mais l’étonnement s’intensifie quand il voit cette silhouette se jeter à la mer. La surprise apparait sur ses traits, est-ce normal ? N’est-ce pas un peu dangereux de chercher à se baigner dans les hauts fonds où le courant bien que faible est malgré tout présent. Ca l’inquiète il doit bien l’avouer surtout parce qu’elle ne semble pas remonter à la surface, alors il se décide à finalement changer de cap, dirigeant son embarcation près de là où la silhouette a plongé. Immobile sur la houle, Nemo sonde l’écume des yeux essayant d’apercevoir la silhouette humaine.

C’est un éclat de rire qui lui fait reprendre son souffle, un éclat de rire qui perce la surface des flots. Etrange apparition qu’il observe, silencieux, comme un étranger tandis que le rire se change en un son beaucoup plus triste. Des pleurs aux sourires, il n'y a qu'un pas. Ceci on ne peut mieux à cette situation. Mais lui ce qui l’intrigue c’est cette peau pale qui si on la suit se mue peu à peu en écailles irisées.

-Est-ce que tout va bien ?

Il est encore un peu inquiet malgré tout. Même si ce n’est finalement plus si étrange de croiser une sirène en mer. Une sirène qu’il a réellement l’impression de reconnaitre, lui envoyant une bouffée de joie chaleureuse à la figure. Le pire c'est que ça le rend nostalgique, ça le fout des années en arrière sans vouloir le mettre dans le temps présent et ça le fait sourire comme le dernier des crétins.

-Mélusine ! C'est bien toi !

Si l’aspect particulier de la jeune femme n’avait déjà pas suffi à poser ce nom sur ces lèvres, les iris lilas qu’il croisa auraient instantanément eu le même effet. Il faut dire que le temps ne les avait pas trop changés. Du moins en apparence. Lui portait toujours cette même veste marine délavé par le sel et l’eau que lorsqu’ils voyageaient ensemble. Il y avait tellement de choses qui brulaient de franchir ses lèvres et pourtant sa première réflexion lui parut bien stupide une fois prononcée.

-Bon sang j’ai bien cru que tu avais sauté pour te noyer.






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Piranha Cannibale
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Jeu 28 Avr - 21:40

  • Nemo
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Tel un tigre en cage, j’avais arpenter ces quais de longs en large pendent de longs mois. Puis aujourd’hui, oh oui aujourd’hui, j’y étais allée au culot. J’avais plongé. J’avais fait le premier pas, et l’eau m’avait entourée, et à cet instant, j’avais vraiment l’impression d’être un serpent délaissant sa mue. C’était un sentiment de renaissance. Comme un retour aux sources. En réalité, je n’étais bien que dans cet élément aqueux. Du moins fus-ce l’idée qui me traversais la cervelle. Même une eau carrément polluée me faisait du bien. Ce corps qui me pénalisait tant. Ce corps qui a forcé mes sœurs à se détourner de moi, il n’était plus un problème à ce moment. En effet, pour la plupart de mes couseurs, je ne suis pas une sirène standard. La plupart étaient moitié poissons moitié femme. Pour moi, aucune nageoire en vue, juste une longue queue de serpent. N’avez-vous jamais vu ces dragons de mers de légendes ? Je devais tenir un peu d’eux. Mais le pire était à venir. Suite à mes séances de tortures au château de mon ex, le prince et son frère absolument pas charmant, toutes ces cicatrices qui avaient été apposés à ma peau les avaient dégoutés, je n’étais donc plus une sirène, je n’étais plus vraiment des leurs. C’est ainsi qu’avait commencé ma vie de petite solitaire. Enfin pas tout à fait. Après une escale d’un an à Neverland, j’avais pu créer quelques liens. Mais jamais aussi forts que ceux que j’avais noué par le passé, lorsque j’étais encore la petite sirène innocente et rêveuse. Cette eau, l’eau de la mer qui allait et venait. Elle mourait contre les quais, mais revenait sans cesse à la charge. Cette sensation d’intense bien être fut court circuité par tous ces souvenirs, j’avais l’impression que le doux roulis des vagues ramenait à mon être tout ce que j’avais enfouis au plus profond de moi. C’est ainsi que mes larmes tombent. Elles roulent le long de mes joues tels deux lacs salés pour finir par sombrer dans l’onde. Les sanglots s’étouffent dans ma gorge. J’ai besoin de lâcher les vannes. J’ai besoin de tout exprimer. Quand je raconterais au Dr Hooper que j’avais éclaté en sanglot en plein milieux d’une mer de larmes, il allait rire. Une voix me sortir de ma torpeur. Une voix qui ne m’était pas tout à fait inconnue. Elle me demandait si j’allais bien. Quelle question, bien sûr que non, j’étais en train de pleurer comme une pauvre poire au milieu de l’eau glacée. Je tournais la tête vers la source de la voix pour tomber nez à coque avec une barque. Je relevais doucement les yeux allant de la bicoque au visage de ce dernier… OH MON DIEU. Voilà maintenant que j’avais des hallucinations… Et sévères en plus ! Nate me faisais face, comme avant. Comme si j’étais encore la jeune femme qui lui avait tendue la main, il y a quelques années de cela. Le sourire qu’il affiche me met la puce à l’oreille. Au final… Ce n’est peut-être pas une hallucination tout compte fait. Je m’approche doucement de la barque, souriant à mon tour. C’est la première fois depuis longtemps que mon cœur est si léger… Cela faisait tellement longtemps que je souhaitais le revoir. Le cherchant secrètement dans toutes les eaux que je découvrais.

-Mélusine ! C'est bien toi !

Un sourire amusé s’afficha doucement sur mon doux visage, alors que j’essuyais doucement les larmes de mon visage. Je venais m’agripper à son embarcation.

« Bien sûr que c’est moi Nate. Tu es devenu gâteux avec l’âge ? »

Il était là. Il portait les mêmes éternelles vêtements que je lui connaissais. Que c’était bon de le revoir. Je serais bien incapable de décrire ce que je ressentais. Un maelstrom d’émotions qui me faisais tourner la tête, un peu comme Zébulon du manège enchanté. A la seule différence que je n’avais pas de moustache. Je secouais la tête, chassant ces idées débiles de ma tête.

-Bon sang j’ai bien cru que tu avais sauté pour te noyer.

Je fuis son regard sans savoir quoi répondre. C’était un test pour voir si j’étais encore capable de prendre ma forme originelle. Un doute idiot m’avait habitée, et j’avais décidé de répondre moi-même à cette question. Dans tous les cas… Cela n’aurait pas été une si mauvaise journée. Je relevais les yeux pour plonger mon regard dans ses iris.

« Tu sais… Bien des choses ont changé depuis qu’on ne s’est vu. J’ai continué à apprendre en compagnie des humains. Mais certains n’étaient pas aussi sympathique que toi. »

Cela n’avait pas besoin de plus de mots. Il n’y avait qu’une seule séquelle que je n’avais pas recouverte d’encre. Qu’une seule. Il s’agissait d’une cicatrice toute ronde, marquée d’un sceau. Le frère de mon ex époux avait trouvé ça amusant de marquer une fille de l’océan comme du bétail. C’est ainsi qu’il m’avait « marquée » juste en dessous de la clavicule. Jamais je n’avais mis quoi que ce soit pour l’effacer. Pour ne jamais oublier ce qui m’avais été fait.
Ma voix douce emplit à nouveau l’air, et le vent maritime lui porta mes paroles.

« J’ai bien crus ne jamais te revoir. Mais dans mon souvenir, tu naviguais sur quelque chose d’un peu plus… » Je cherchais mes mots, le but n’était pas de vexer mon vieil ami « Quelque chose qui avait plus de grandeur. »

J’effleurais sa main du bout de mes longs doigts, certes ils étaient froids, mais vous savez à quelle température est cette eau ?!

« Pas question de te lâcher mon pauvre, je veux tout savoir sur la suite de ton périple. Je t’attends à quais. Hé oui, maintenant je peux fréquenter les quais, et sur mes jambes. Avoue… Je te bluffe là ! »

A ces mots, je plongeais dans l’eau, m’élançant avec la rapidité qui m’étais propre vers le port. Je n’étais pas tant loin que ça. C’était la bonne nouvelle du jour. Je me hissais sur ce dernier, enfilant sans mal mon bracelet. Le défi fut ensuite de retrouver mes vêtements et de ne pas me faire arrêter les fesses à l’air par des agents de la paix un peu trop zélés.

...



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Moby-Dick
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Lun 2 Mai - 21:24



 
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Victoria O'Donnel & Nemo


 
C’est bien toi. C’était tout ce qu’il avait trouvé à dire. C’est bien toi. Rien d’autre à offrir. Après des années à partir en mer sans elle, après des choix qui auraient mérité certains éclaircissements que le matelot ne possédait pas. Il revenait sur terre, coincé qu’il était à Storybrooke, mais la revoir elle lui ramenait des souvenirs pleins la tête. Des souvenirs qui méritaient plus qu’un Mélusine ! joyeux, mais le reste de la phrase restait coincé en travers de la gorge. C’était risible. Il était risible. Et c’était tout ce qu’il trouvait à dire après toutes ces années où ils n’avaient plus été Nemo et Mélusine. Jadis, ils avaient été soudé, envers et contre tous. C’était eux contre le monde, contre Circé, contre les hommes. Eux à jamais, et l’un n’aurait sans doute pas toujours survécu sans l’autre auprès de lui. Mais les temps avaient changé, le vent tourné et leurs chemins avaient fini par se séparer.

-Bien sûr que c’est moi Nate. Tu es devenu gâteux avec l’âge ?

Gâteux lui ? C’est vrai qu’il en avait l’âge mais ses méninges étaient toujours aussi vives qu’à ses vingt ans. Il ne réalisait juste pas. Après tant d’années à voyager sans jamais la recroiser, il ne réalisait pas qu’il avait réussi à la revoir enfin et dans un univers si étrange. Mais c’était bon. Bon d’entendre sa voix. Ça faisait presque peur, puisqu’il se rendit compte qu’il l’avait presque oublié, son timbre un peu chantant, un peu sucré, avec ses pointes curieuses ou amusées. Tout l’opposé de lui et ses sonorités graves quand il le fallait – ou non. C’était peut-être même mieux que le murmure des vagues. Parce que Mélusine c’était une personne qui constituait une partie significative de sa propre vie, au point que cette dernière lui avait parfois paru bien vide, lorsque la personne en question avait semblé s’en évaporer. Et la voir fuir son regard un instant, lui rappelle un instant leur séparation qui sans être larmoyante avait été pour lui une mince douleur au fond de son cœur.

C’était un peu étrange cette relation qu’ils avaient fini par tisser. Alors qu’ils étaient deux entités qui n'auraient pas dû se voir, se croiser à la rigueur mais certainement pas finir dans une telle situation. Ils n'étaient pas destinés à se connaître, pas même se parler de cette manière. On avait toujours dit qu’ils n’étaient pas du même monde, de ces êtres qui ne se regardent qu'une fois à chaque fois qu'un astre se lève haut dans le ciel. Et pourtant, voilà que la chose était faite, et voilà qu'ils essayaient de retrouver dans le regard de l'un comme de l'autre, une once d'existence pétillante à souhait, espérant un instant oublier les gravités du présent et les expériences douloureuses pour ne voir que les joies passés. Mais c’était impossible.

-Tu sais… Bien des choses ont changé depuis qu’on ne s’est vu. J’ai continué à apprendre en compagnie des humains. Mais certains n’étaient pas aussi sympathiques que toi.

-Oh …

Il l’observa plus attentivement, plus gravement aussi. Faisant à nouveau courir son regard sur sa peau pâle et sur les images d’encres qui semblaient courir sur une bonne partie de sa peau. Des tatouages qu’elle n’avait pas la dernière fois qu’ils s’étaient vu. Et ça l’intriguait légèrement. Effectivement les choses avaient changé. Il avait changé et sans doute était-il normal qu’il en soit de même pour la sirène. Mais cela semblait impliquer des épreuves loin d’être agréable. Elle n’avait pas forcément besoin de lui donner d’explication, le ton légèrement voilé suffisait. Tout comme la joie qui retombait un instant. Il n’avait pas besoin de savoir. Parce qu’au fond il savait déjà. Il savait ce que les hommes étaient capables d’infliger pour de simple différences, pour de simples rancunes, pour de simples rien. Lui, on l’avait torturé et traqué comme un chien pour avoir simplement refuser d’entrer dans le rang. Pour avoir simplement refuser de garder le silence pour mettre la vérité au grand jour. Pour avoir voulu faire ce qui était juste tout simplement.

-Je suis sincèrement navré Mélusine, navré que tu ais eu à découvrir l’homme dans toute sa bêtise. J’aurai souhaité être là pour te secourir et t’aider mon amie… Je suis désolé.

Non, il n’avait pas vraiment besoin de lui demander ce qui lui était arrivé, à vrai dire il n’aurait pas osé. Du moins pas tout de suite. Il pouvait l’imaginer tout seul. Parce qu’il se doutait que c’était de ces choses qui avaient de quoi rester graver au fer rouge dans les profondeurs de votre mémoire et ce jusqu’à la fin de votre vie. De ces choses qui continuait de vous brûler le corps alors même que les marques physiques commençaient à s’estomper.

Parce que l’homme n’était pas toujours bon pour ses semblables et pour les autres. L'on dit des hommes qu'ils sont de faces multiples ; qu'ils peuvent être rustres, cruels et sanguinaires comme galant, doux, et dociles. L'on dit aussi qu'ils ne sont que des animaux, à moitié sauvages, à moitié domestiqués, et qui, dans leurs élans les plus bestiaux, vont jusqu'à s'entre-tuer, se meurtrir entre frères de cœur et de sang. Et c’était malheureusement vrai.

Le contact froid et humide de la main de la jeune femme effleurant la sienne tira toutefois rapidement Nemo de ses sombres pensées. La sirène changeant habilement de sujet pour revenir à cette ambiance plus emprunte de joie que ce devait d’être leurs retrouvailles. Au point de déclencher le doux rire du capitaine, tandis qu’il serre sa main en retour.

-Moi aussi je désespérais de te revoir un jour très chère Mélusine. Mais rassure toi cette embarcation n’est qu’un emprunt provisoire et le Nautilus attend sagement à quai mon retour.

C’est vrai que cette coquille de noix dans laquelle il flottait pour le moment n’avait rien de comparable avec son sous-marin, son navire d’acier qu’il avait pu faire voyager d’un monde à l’autre grâce à la gentillesse de son amie.

-Pas question de te lâcher mon pauvre, je veux tout savoir sur la suite de ton périple. Je t’attends à quais. Hé oui, maintenant je peux fréquenter les quais, et sur mes jambes. Avoue… Je te bluffe là !

-Je suis bluffé en effet ! On dirait que je ne suis pas le seul qui va avoir plein de chose à raconter à l’autre. On peut se retrouver à côté du Nautilus si tu es d’accord… Il n’est pas très difficile à repérer de toute façon.

Se retrouver comme au bon vieux temps, à discuter… ça faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas eu l’occasion de se confier à la sirène. Il l’observa plongé dans l’eau comme il l’avait vu faire si souvent par le passé. Il n’arrivait pas encore à croire totalement qu’ils avaient réussi à se retrouver. Mais le capitaine pris grand soin de s’y faire, tandis qu’il ramait avec force à nouveau vers les quais. Et toute la cacophonie joyeuse de l’océan qui l’environnait encore à cet instant n’aurait pu rivaliser contre ce moment qui faisait battre son palpitant malmené, tandis qu’il réalisait à mesure qu’il s’approchait des quais. Et tout du long où il avait foulé les pavés des docks qui le ramenait au sous-marin blanc il ne cessa pas de sourire.

Lorsqu’il la retrouva finalement à quelques pas de son énorme navire, il fut pris d’une impulsion soudaine, la serrant dans ses bras, brisant cette image de capitaine fier et droit dans ses bottes pour se perdre quelques seconde dans cette douceur qui ne lui était pas familier tant elle était éloigné de l’image qu’il renvoyait. Mais c'était Mélusine, alors il se permettait quelques écarts à son comportement de tous les jours. Et quelque part, tout au fond du chaos qu'il était, elle le rassurait, sans avoir à dire quoi que ce soit.  

-Tu m’as manqué Mélusine.

Mettant fin à cette étreinte de quelques secondes, il fit quelques pas en arrière avant de se tourner vers le Nautilus.

-Je vois que tu peux en effet te tenir sur tes deux jambes. Il faut vraiment que tu me racontes ça… Est-ce que cela a un lien avec la malédiction de la reine ?

Il marqua une courte pause, songeant aux quelques information qu’il avait obtenu grâce à Belle puis fit un geste de la main en direction du navire d’acier.

-Tu vois comme je te l’avais dit je ne l’ai pas abandonné derrière moi, même pour venir jusqu’ici. Montons à bord, nous serons plus tranquille pour discuter et surtout beaucoup mieux installé.

Un sourire fier et heureux restait toujours accroché à ses lèvres alors qu’il empruntait la passerelle menant à bord, invitant son amie à le suivre à l’intérieur.

-Ce sera presque comme au bon vieux temps.






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Piranha Cannibale
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Jeu 5 Mai - 13:01

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Cette rencontre était quelque chose que j’espérais depuis tant d’années, je m’étais accrochée à cet espoir fou, alors que, encore naïve, j’étais piégée au cachot. Ce vieux cachot dont j’avais eu le temps de compter trois fois toutes les pierres. Ce vieux cachot que j’enfouissais dans ma mémoire pour ne jamais le voir réapparaître mais qui ne cessait de revenir me hanter. Mais pourtant plus rien n’avait d’importance, non plus rien. Puisque lui, il était là. Je me plongeais un instant dans son regard. Ce même regard que j’aimais tant. Remplis d’intelligence, et d’assez de folie pour donner naissance à des idées incroyables et merveilleuses.

-Je suis sincèrement navré Mélusine, navré que tu ais eu à découvrir l’homme dans toute sa bêtise. J’aurai souhaité être là pour te secourir et t’aider mon amie… Je suis désolé.


Cela ne ramènerait pas ma peau à quelque chose de plus acceptable. Cela ne rendrait pas à mon être cette innocence qui s’était désagrégée au fil du temps. Mais ça apaisait tout de même ce torrent d’émotions au fond de mon cœur. Je me sentais sereine en sa présence. Étrangement calme, c’était comme si tous les verrous que je maintenais sautait pour ne déverser en moi que nostalgie et bonheur. Je m’humectais les lèvres. Ne sachant que répondre. Avant qu’un sourire triste ne s’étale sur mon visage. C’était ce genre de sourire étrange, grinçant, purement effrayant parce que en totale inéquation avec celle que je suis.

« Merci mon ami… Merci.»


Ma voix se brisa, mais je fis comme si de rien n’était. Mon sourire devint plus sincère. Il était là. Tout irait bien. N’est-ce pas ? Mon bourreau s’était amusé à m’arracher tout ce qui m’appartenait. Tout d’abord ma fierté, ma confiance et pour finir ma force. J’avais bien crus mourir là bas. Mais j’étais la plus forte. Une tempête habitait bon cœur. Rien ne pourrait me détruire. Rien. Jusqu’à maintenant, j’avouais m’être sentie comme Ulysse, bien loin de mon foyer, de mon petit village. Mais là, entourée par la froideur vivifiante de la mer, je me sentais renaître. Je compris alors quelque chose d’essentiel. Mon être n’était certes qu’un tas de cendre. Mais ce n’était pas la fin. Non… ce n’était pas la fin, puisque les cendres emmenaient forcément la vie. Et les petites pousses me semblaient à cet instant précis bien plus solides qu’avant.
Ma main était sur sa peau chaude, rendue calleuse par le travail manuel. Cette chaleur était pour moi réconfortante. Son rire éclate alors dans l’air, faisant chuter subitement toute la tension. Il serre ma main, alors que mes longs doigts font de même. Oui… Depuis la fin de cette malédiction et la redécouverte de mes souvenirs, j’étais calme et heureuse. J’écoutais attentivement ce qu’il me disait. Ainsi le Nautilus était toujours là, fidèle à lui-même. Une étincelle brilla dans mon regard, Quelle idiote j’étais de ne pas l’avoir vu. Quelle sombre idiote centrée sur son nombril. Un sourire sauvage et remplis de défit s’étala sur mon visage.

« Je te proposerais bien une petite course très cher. Mais nous savons très bien comment cela va finir n’est-ce pas ? »

Il me proposa de se retrouver devant le Nautilus, je hochais la tête, avant de sombrer à nouveau dans les eaux sombres. C’était ainsi que je m’étais retrouvée à quai et vêtue avant même d’avoir dit « supercalifragilisticexpialidocious ». Mes cheveux blond décolorés étaient plaqués sur mon crâne car encore trop humides. Néanmoins je n’eus pas longtemps à attendre pour le retrouver. Il s’avançait vers moi d’une démarche pleine d’entrain qui me fit sourire doucement. Il me serra dans ses bras, et je fis de même, posant délicatement ma main dans sa crinière brune. Je n’avais pas assez dit qu’il m’avait manqué ? Non ? Oui ? Peut-être ? Hé bien je le redirais sans soucis. Cette sollicitude et cette joie de revoir ma tronche c’était rare et assez précieux pour être important pour moi.

-Tu m’as manqué Mélusine.


C’est avec naturel que nous nous séparions. J’avais l’impression d’avoir justement retrouvé ce petit papillon d’innocence, au fil de notre échange. Je retrouvais petit à petit ces morceaux de moi éparpillés. J’avais laissé un bout de ma personne auprès de lui et n’avais jusqu’alors jamais pus le récupérer.

« Toi aussi… »


Il me demanda si ces jambes étaient l’effet de la malédiction que subissait Storybrooke, cette malédiction qui m’avais fait oublier tout ce que j’étais. Je secouais la tête, avant de brandir mon bras où brillait un bracelet d’or. C’était un vieux bijou qui n’allait absolument pas avec tout le reste.

« Non… Enfin… Plus depuis que la malédiction a été levée. C’est ce bracelet qui me permet de me transformer en humaine. Je l’ai eu pour « bon services rendus » auprès d’un marin… Un genre de pirate. J’ai été chercher un trésor au fond de l’océan pour lui, et il m’a offert cet artefact. »


Il m’invita alors à entrer et ce « presque au bon vieux temps » me fit rire.

« A cet instant… J’ai l’impression que c’est comme si nous nous étions séparés la veille. J’ai hâte de revoir l’intérieur de ton bateau, j’ai toujours adoré le style que tu as choisis pour la décoration. »


J’attrapais alors son bras, avant de me tourner vers lui avec une lueur d’émerveillement dans le regard.

« Fais-moi visiter à nouveau ton navire. S’il te plait… Cela fait tellement longtemps. »


Pour tout dire, j’avais bien peu de souvenirs de ce bateau. Je me rappelais la salle dans laquelle nous avions passé une journée mémorable, je me rappelle de la joie que j’avais éprouvé lorsque j’avais foulé, pieds nus, le sol de l’embarcation.

« Tu en profiteras pour me raconter toutes tes aventures, et je te promets d’en faire de même. »


J’avais vécu une vie trépidante, il fallait l’avouer, mais c’était lui qui m’avais fait devenir accro aux aventures. C’était tellement palpitant de découvrir de nouveaux lieux, de les explorer… C’était sans doute une chance… Une idée traversa ma petite cervelle. Partir pour une énième aventure en sa compagnie était bien trop alléchant pour que je me contente de l’ensevelir sous un tas d’autres idées.
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If you'll be my boat I'll be your sea


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Jeu 12 Mai - 22:57



 
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Une course ? L’idée le fit largement rire. Car si il avait peut-être ses chances à bord de son sous-marin, il était clair que la sirène allait le battre sans peine lui et sa pauvre barque qu’il faisait avancer à la force de ses bras pour la ramener à quai. Et retrouver la jeune femme blonde sur les pavés du port n’avait que réussi à lui tirer un nouveau sourire presque aussi grand que lui. Oh combien de fois au cours de ces dernières années il avait souhaité qu’elle soit là, avec lui. Elle qui l'avait toujours soutenu aussi bien moralement que physiquement, le sortant de situations bien étranges voire précaires parfois. Il croyait rêver ! Enfin dans ce cas s’il rêvait surtout qu’on ne le réveille pas ! Mais plus il approchait et plus il doutait que ce soit un rêve. Ca faisait combien de temps qu’ils ne s’étaient pas vus finalement ? Une éternité, et même plus encore, probablement. Alors qu’il serrait son amie contre lui, une foule de souvenirs lui revenaient en mémoire : sa rencontre avec la pétillante jeune femme sur une des plage de l’île d’Eéa, leur complicité, même si elle n’avait pas forcément été immédiate, les nuits et les jours qu’elle avait passé à discuter avec lui alors qu’il planchait sur son invention, les kilomètres parcourus ensemble à traverser les océans et les mondes de long en large et en travers pour finalement échouer sur des terres inconnus, les fous rires, les chamailleries sans importance… Il n’avait que des bons souvenirs avec Mélusine. Son sourire, sa bonne humeur, sa chaleur, son humour. Enfin, le capitaine consentit à la libérer de son emprise, les yeux pétillants de bonheur.

Il l’écoutait répondre par la négative à sa question sur la malédiction de la reine, regardant curieusement le bracelet d’or qu’elle portait au bras. Il allait falloir qu’elle lui raconte cette histoire de pirate et de trésor plus en détail une fois à l’intérieur du Nautilus pour espérer effacer sa curiosité. Glissant ses mains derrière son dos, le cœur serré par une excitation qui lui faisait autant de bien que de mal, il finit par arriver sur la passerelle qu'il remonte avec lenteur alors que la sirène s’accrochait à son bras.

-A cet instant… J’ai l’impression que c’est comme si nous nous étions séparés la veille. J’ai hâte de revoir l’intérieur de ton bateau, j’ai toujours adoré le style que tu as choisis pour la décoration.

-Merci, ça me touche beaucoup tu sais.

Il partageait se drôle de sentiment, comme si ils ne s’étaient séparés que la veille et non il y a des années de cela. Et pourtant ça ne les rajeunissait pas du tout de se plonger dans toutes ces années d’aventures qu’ils avaient partagés. Mais l’âge n’avait aucune importance tant qu’ils étaient libres de vivre comme ils le voulaient. Et cette lueur d’émerveillement un peu enfantine qu’il voit dans le regard de Mélusine il la connaît bien. Car après tout c’est exactement la même que celle que l’on peut croiser dans son regard à chaque fois qu’il part à l’aventure ou qu’une nouvelle idée fabuleuse lui vient à l’esprit. Le genre même d’idées qui ont donné naissance au navire de métal.

-Avec plaisir mon amie.

La sirène toujours à son bras il l’emmena à travers les longues coursives du Nautilus, passant devant plusieurs cabines, adressant quelques signes de têtes entendus à ses matelots discrets qu’ils croisaient en chemin. Il avait échangé tout du long avec la sirène, lui désignant les différentes portes des gardes manger, puis celle menant vers les cuisines du navires, lui expliquant avec passion la vie à bord. Parler du Nautilus avait toujours enflammé son caractère calme et réfléchi. Parce que ce n’était pas qu’une simple machine, un simple navire. C’était une petite part de lui-même, un prolongement de son âme dans lequel il était complètement libre. Libre de vivre au rythme des vagues, libre de profiter de la sérénité absolue du fond des mers. Il l’avait mené ensuite sur la passerelle de navigation, commençant la visite par le carré de commandement, bien vide depuis qu’ils étaient coincés à quai. Se plaçant à côté du gouvernail aux reflets argentés il avait adressé un nouveau sourire à son amie, lui laissant le temps d’observer la pièce et l’horizon marin à travers les vitres de la cabine.

-Comme tu le vois c’est ici que toute la magie opère. Même si depuis notre arrivée ici le poste de commandement est un peu abandonné… On m’a dit peu après mon arrivée qu’il n’y avait aucun moyen de repartir d’ici alors je pense que lui est moi allons rester coincé un long moment. Je n’arrive pas encore à totalement m’y faire je crois.

Une lueur songeuse et mélancolique passe dans son regard alors qu’ils reprennent la visite, le capitaine permettant à Mélusine de voir brièvement la salle des machine avant de poursuivre son chemin jusqu’à la salle à manger aux murs entièrement blanc et  la longue table d’ébène et d’argent. Ce sont les couleurs qui reviennent le plus à bord. Blanc et argent. Que ce soit dans les colonnes sculptés de milles motifs ou dans les roses entrelacés et gravés sur les portes. C’est un décor riche et sobre à la fois que l’on trouve à bord, élégant sans être ostentatoire malgré la grandeur magnifique que dégage toute la machine. Le Nautilus est à l’image de son créateur, tel le reflet de son âme.

La visite se poursuit, Nemo emmenant toujours Mélusine plus loin dans les entrailles un brin labyrinthique du sous-marin, lui laissant un peu de temps pour admirer la bibliothèque et ses étagères aux incrustations de bronze qui couvraient tous les murs, s’étendant du sol au plafond et ses canapés confortable au centre de la pièce. La visite avait ensuite continué avec la pièce qui servait d’atelier à l’inventeur de génie. Atelier qui pour le coup ressemblait plus à un véritable chantier en construction auquel on n’aurait pas donné de date de fin. Dans la pièce unique s’entassaient d’étranges machines faites de bric et de broc, impossible sauf pour leur inventeur de savoir si elles fonctionnaient ni à quoi elles pouvaient bien servir. Sur un des établis s’amoncelait même une montagne de papier, notes et croquis en tout genre ainsi que divers outils.

-Excuse le désordre, c’est un peu compliqué en ce moment. annonça-t-il en désignant vaguement le bordel infini qui s’étalait sous leurs yeux.

Il laissa le temps à la sirène de faire le tour de la pièce avant de ressortir, préférant ne pas trop s’attarder dans l’atelier, un peu honteux du bazar qui y régnait pour le moment. A la place il préféra entrainer son amie dans la seconde pièce la plus importante, le salon qui jouxtait en fait la bibliothèque. C’était une salle spacieuse et richement décorée comprenant divans, table et fauteuils, tapis moelleux, ainsi qu’un grand harmonium installé sur le mur d’un des petits côté. La pièce était décoré de la même manière que les précédente mais se démarquait toutefois par la présence d’un immense hublot en verre renforcé, bien plus grand que tous les autres et qui donnait une vue imprenable sur l’océan. Ce hublot pouvait être verrouillé et protégé par un iris métallique, mais celui-ci restait souvent ouvert depuis leur arrivée à Storybrooke. Pour le reste, la pièce en elle-même constituait un véritable musée des souvenirs que Nemo avait pu ramener de tous ses voyages et de toutes ses aventures. Une vrai galerie de vitrines présentant bijoux et autres trésors au milieu d’algues, de coquillage et autres spécimens de la flore et de la faune océaniques.

-Nous serons mieux ici pour discuter, qu’est-ce que tu en dis ?

Il posa ses mains sur les épaules de Mélusine, comme pour mieux la contempler et intégrer le fait qu’elle était bien là, devant lui, et que ce n’était pas encore un délire de son cerveau cafouillant. Il avait ensuite désigné les fauteuils installé tout prêt du gros hublot, souriant avant de lui-même s’installer dans l’un d’eux, ayant hâte de pouvoir continuer de s’entretenir avec son invité.

-Et puis la vue est nettement plus intéressante ici.

Le mieux était la vue que le hublot offrait quand ils étaient sous l'eau évidemment. Mais dans cette ville c'était un peu plus difficile que dans le royaume enchanté. Souriant de nouveau, il avait finalement laissé libre cours à sa curiosité auprès de la jeune femme.

-Alors dis-moi la visite t’as plu mon amie ? Est-ce que beaucoup de choses ont changé par rapport à tes souvenirs ? Je n’arrive pas à me rendre compte… après tout je vis presque depuis toujours à bord. Je n’ai pas beaucoup changé mon mode de vie depuis notre dernière rencontre tu sais. Mais toi raconte-moi, qu’est tu devenues après notre séparation ?







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Sam 14 Mai - 14:42

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Bien des années avaient passées. Et encore plus de saisons. Je me rappelle avoir eus beaucoup de mal à prendre cette décision étrange. Celle de partir, de mettre fin à ce voyage. A bien y réfléchir, je n’étais, de base, pas vraiment équilibré, mais qu’importait. J’avais fuis, mais j’avais passé une éternité à regretter. Bien trop de temps à me remémorer tout ça, comment j’aurais pus faire pour changer la situation ? Tout comme un tas de chose, je tentais de penser à autre chose. Nate avait sans doute changé en tant de temps, tout comme moi j’avais changé. Mais j’avais l’impression de ne pas être en mesure de le voir.  J’avais l’impression étrange que mon cher capitaine n’était pas tangible. Que si je le lâchais, lui et sa merveilleuse machine allaient disparaître tous les deux. Avec le temps et les nombreuses déceptions que m’avais offert la vie… Hé bien j’avais développé une peur phobique de l’abandon. Mes « sœurs » qui m’avaient toléré jusqu’à ce fameux accident m’avaient toutes tournée le dos. Je n’étais pas comme elles. Tout comme je n’étais pas comme les hommes. Ceux-ci m’avaient écorchée vive puis m’avaient tout autant tourné le dos. Il y avait de quoi craindre le pire venant du reste du monde. Je calquais mon pas sur le sien, entrant dans le ventre de cette bête merveilleuse et mystique. Le marin était un hôte remarquable, et la visite était très intéressante. Le petit plus était que cela me plongeait dans ces souvenirs doux. Le jour où les sirènes gagnaient des jambes, moi j’étais restée avec lui, j’avais visité son beau navire, chose que je n’avais jamais pus faire avant ça. La dernière fois remontait à loin, mais de petites bribes de souvenirs s’accrochait à quelques pièces. J’écoutais la moindre de ses paroles avec attention. C’était un amas d’histoires raconté avec passion qui donnait envie de prendre le large, là, tout de suite.

-Comme tu le vois c’est ici que toute la magie opère. Même si depuis notre arrivée ici le poste de commandement est un peu abandonné… On m’a dit peu après mon arrivée qu’il n’y avait aucun moyen de repartir d’ici alors je pense que lui est moi allons rester coincé un long moment. Je n’arrive pas encore à totalement m’y faire je crois
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Je me dressais sur la pointe des pieds pour voir le fond marin à travers le hublot. Les mains de chaque côté de ce dernier, j’observais avec une étincelle de nostalgie dans le regard. J’eus envie de frotter la joue contre la vitre propre. Mais me retins.

« Le plus gros manque, c’est de ne pouvoir agir librement. Que notre destin soit entre les mains d’autrui. Mais il n’y a pas de problème tant qu’il y a une solution. Et tu es la personne la plus douée que je connaisse pour trouver des solutions mon ami. Un jour… Ton fier navire se dressera à nouveau dans les fonds marins. Ça ne fait aucun doute… Il se pourrait même qu'un coup de main tombe du ciel. »

Je le rejoignais d’une enjambée. Poursuivant notre visite dans un monde qui s’approchait un peu plus du mien. A Storybrooke des fois, j’avais l’impression d’être en total décalage avec le reste du monde. Ce navire me donnait presque l’impression qu’au final… J’avais ma place. J’aurais très bien pu m’enfuir et poursuivre mon aventure dans d’autres mondes. Mais quelque chose me retenait. Quelque chose m’empêchait de poursuivre ma route. La salle des machines était bien évidement imposante. Pleines d’araignées de métal dont on sentait les ventres gronder de temps à autre. Moi, petite sirène parmi l’imposant métal, je n’étais que spectatrice lilliputienne et frêle. Mes doigts s’accrochaient de temps à autres aux sculptures dispersées çà et là. La grâce et la délicatesse se disputait à la force et l’acier. C’était un mélange qui, alors même qu’on pourrait croire qu’il pouvait être disharmonieux était en réalité une alliance plus qu’intéressante, et doté d’une beauté à part. Un aller-retour dans la bibliothèque pourvue de beaux livres reliés, puis nous arrivions à l’atelier de l’inventeur. Un petit rire s’échappait de ma bouche quand je regardais mon ami. On aurait dit un enfant prit la main dans le sac. Des tas de créations sur des tables, des dessins sur d’autre. J’attrapais l’une des feuilles pour la regarder. Des plans, des idées griffonnées, mais je n’y comprenais rien. Je n’allais pas me venter d’être manuelle ou intelligente. Le seul truc que j’avais pour moi c’était mes nageoires et ma capacité à voyager.

-Excuse le désordre, c’est un peu compliqué en ce moment

Un nouveau rire se fit entendre, le miens, alors que je rejoignais Nate. Le bonheur semblait se disputer la peine dans mon cervelet, passant d’une émotion à une autre telle un papillon attiré par le soleil ou la lampe. Je lui offris mon plus beau sourire avant de lui parler d’une vois amusée.

« Serais-tu gêné par le désordre très cher ? Tu devrais voir mon appartement. Ici c’est génial. Le chaos c’est la vie, on sent les idées qui bouillonne, la création à l’œuvre. C’est carrément inspirant. Alors t’as pas à avoir honte de ton joyeux bordel ! J’aime bien cette pièce. »


Il m’emmena ensuite vers un salon. Celui dans lequel il m’avait déjà emmené la dernière fois. Je m’en souvenais encore. Il y avait eu quelques modifications depuis mon dernier passage. Mais rien qui ne devait vraiment m’inquiéter ou m’empêcher de reconnaître le lieu.  C’était une vraie pièce de musé à l’abri du temps. Cette pièce était le bijou, à mon sens le cœur de ce bateau (l’atelier chaotique devait sans doute en être le cerveau si vous voulez mon avis.). Ce bateau était un univers à part, mais le lieu qui attirait mon attention, c’était le dehors, ce hublot donnant sur les fonts marins. J’y plongeais mon regard. Les cliquetis métalliques que faisait le bateau de temps en temps étaient une sorte de musique d’ambiance, alors que, tels de long flash-back, tous ces souvenirs remontaient à ma mémoire. Comme quoi, les souvenirs s’effacent, mais les yeux n’oublient jamais vraiment. Des mains sur mes épaules me remettent les pieds sur terre, alors que je plonge mon regard dans les yeux sombre du capitaine. Penchant doucement la tête, je me rends compte qu’il me demande quelque chose. Sans doute rester ici, afin de parler. De se raconter nos histoires.

« Tu as raison, avec plaisir. »


Un dernier regard triste vers le hublot. Un dernier souvenir de cette période tellement heureuse de ma vie, et je m’installe sur un des fauteuils, ramenant mes genoux contre moi. Pourquoi ? Pourquoi rien ne se passait jamais selon mes plans ? Parce que la vie en décidait toujours autrement. Parce que le destin lui-même s’amusait à me mettre des bâtons dans les roues. Mais je vivais cette retrouvaille comme un doigt fièrement levé à l’encontre de cette garce de destinée. Tu as vus ma belle ? J’ai traversé la tempête, je suis finalement encore debout, et ce qui m’attends… C’est la joie. C’est l’amitié… C’est l’amour. Ce qui m’attends est différent d’hier, bien plus brillant qu’aujourd’hui. Ce qui m’attends… C’est demain. C’est cette lande pleine de merveille qui me tend les bras.

-Alors dis-moi la visite t’as plu mon amie ? Est-ce que beaucoup de choses ont changé par rapport à tes souvenirs ? Je n’arrive pas à me rendre compte… après tout je vis presque depuis toujours à bord. Je n’ai pas beaucoup changé mon mode de vie depuis notre dernière rencontre tu sais. Mais toi raconte-moi, qu’est tu devenues après notre séparation ?

Caressant pensivement la surface de ces fauteuils plus que confortable, le regard animé de ce regain d’espoir soudain, j’ouvre la bouche, et sans que je ne le commande vraiment, les mots se déversent doucement mais surement de mes lèvres rosées.

« Cette visite m’a fait un bien fou. J’ai pu me remémorer toutes nos aventures. Il y a eu certes, quelques changements, c’est inévitable. Mais l’âme de ce majestueux poisson des mers est toujours la même, je dirais même plus… Tu as sus rester semblable à toi-même. »


Je le regardais un instant, avant de fuir son regard. Je préférais fixer la mer, pour ce que j’allais lui raconter, il me fallait du courage. Oui… Une dose de courage. Mais cette idée de libre destinée avait la capacité de me donner des ailes, ou plutôt de me rendre les nageoires que je n’avais plus tout à fait.

« Quand je t’ai quitté… J’ai de suite éprouvé des remords, je suis retournée à ma solitude… Cette compagne dont je ne souhaitais plus la compagnie. Alors j’ai essayé de m’approcher des hommes. Tu sais comme j’étais niaise et rêveuse à cette époque… Je me suis approché des quais, persuadée que la terre était peuplée de personnes aussi simples et agréables que toi. Je passais une semaine à errer près d’un port, observant les habitudes de ces humains. C’est alors que je fis la rencontre de ce fameux pirate. Il naviguait à bord d’un bateau, il m’a prise dans ses filets, et j’ai bien crus qu’il allait me tuer. Mais la réalité était autre. Il souhaitait mon aide. Cet homme m’avait surprise plusieurs fois à observer, et me proposait une magie unique capable de me donner la possibilité de vivre parmi les hommes. »

Pour tout dire… Je n’avais jamais sus qui était cet homme. J’étais une sombre idiote à cette époque. Une simple petite idiote, certes, mais j’étais saine, j’étais pure… J’étais souriante. Aujourd’hui, j’avais l’impression d’être une pâle copie. Passant une main dans mes cheveux encore humides, rendus rêches par le sel qui les gorgeait, je continuais mon récit.

« J’en rêvais, pour tout t’avouer… Je voulais aussi voire d’où tu venais, découvrir ton monde comme tu avais découvert le miens. C’est pour cette raison que je suis allée là où le pirate le voulait. Au fond d’une sombre grotte, dans les profondeurs de l’océan. Là-bas, j’y ai trouvé un coffre que je lui ai rapporté. En remerciement, il m’a offert un bracelet magique, capable de me donner des jambes lorsque je l’enfilais. Mon aventure terrestre pouvait finalement commencer. »

Petit à petit je commençais à perdre le fil de mes pensées, de mon récit. Mon cerveau ne voulait plus retourner là-bas. Hors de question. Il allait disjoncter. J’en étais sûre. Mais mue d’une volonté de fer, je prenais les choses en main. Il fallait qu’il sache.

« La suite n’est pas aussi merveilleuse. J’ai rencontré un homme, j’ai d’ailleurs retrouvé un peu de toi en lui. Il aimait apprendre, il aimait écrire… Il s’inventait des mondes. J’ai toujours… Jalousé cette créativité que je retrouvais chez vous, les humains. Les sirènes sont certes des muses, mais leur potentiel de créativité est tellement… Décevant. Je l’ai épousé… Je me suis mariée, alors que je ne lui ai pas parlé de mon… Espèce. Il ignorait tout… La seule requête que j’avais fait, c’était d’avoir un jour pour moi. Un jour pour… Retrouver ce vrai corps qu’était le mien. »


Un sifflement inhumain s’échappa alors de ma bouche, m’obligeant à plaquer mes deux mains sur ma bouche. Les vannes avaient été ouvertes. La colère se déversait progressivement dans mes veines.

« Son frère lui a retourné le cerveau. Il a réussi à lui faire croire que j’étais infidèle. Je ne l’ai jamais été… J’ai toujours été honnête… Toujours… C’est… C’est la seule chose qui m’a fait tenir… La seule. »

Je secouais la tête, virant d’une main rageuse ces larmes idiotes qui semblaient couler de mes yeux. Je n’avais pas besoin de ceux-là pour créer un océan. Fronçant les sourcils, je me repris en main.

« Son frère m’a piégé dans un filet. A croire que je ressemble un peu trop à un poisson. Puis c’est là que tout à dérapé. »

Je me rappelais l’humidité du château, cette étuve d’eau bien trop brûlante dans laquelle il m’avait plongée, ces plaies dont il avait bardé mon corps. Cette marque sur ma peau, qui prouvait que j’étais passée entre ces mains.

« Après des mois et des mois passés à être mutilé, j’ai finalement réussi à m’enfuir. Et j’ai continué mes voyages. Cette fois, avec un regard un peu moins niais. »

Mon corps, c’était comme s’il avait été vidé de toute énergie. Je m’approchais de mon ami, venant me couler tout contre lui pour lui attraper la paume et la glisser sur mes bras. Là… Là il pouvait sentir toutes ces ignobles cicatrices. Je posais ensuite sa main contre mon cou, là où l’homme avait apposé un sceau, comme s’il venait de marquer du bétail. Ce dernier ne serait jamais recouvert d’un tatouage. Je ne souhaitais pas l’oublier.

« Vous êtes une espèce à part, tu le sais capitaine ? Vous êtes les seuls êtres au monde capable de bâtir un empire, mais tout aussi capable de le démanteler d’une simple envie. Certains crieront à la magie, d’autres à la sorcellerie. Mais moi je pense plutôt à une malédiction empoisonnant les cœurs les plus purs. »

Fixant mon ami, je ne pus m’empêcher de murmurer ces quelques mots.

« Et toi … Quelle part d’obscurité cache ton cœur ?  »

Quelque chose se brisa en moi à ce moment. Au moment où je sentis une goutte d’eau rouler jusqu’à mon menton. Je levais les yeux pour vérifier si par hasard le nautilus n’était pas en train de prendre l’eau.

« J’ai sentis une goutte… »


Avant de finalement comprendre d’où venait cette dernière, et de me rendre compte que le bateau ne bougeait pas. Non… C’était moi qui tremblait. Je jetais un regard implorant à cet homme que j’estimais tant. Que j’avais toujours respecté.

« N… Nate… S’il te plait, raconte-moi tes aventures. »

Ça y est. J’avais tout foiré, j’avais montré mes faiblesses, j’avais montré à quel point la vie avait été dure avec moi, et à quel point j’étais devenu une enfant fragile. J'avais BESOIN de me raccrocher à quelque chose, à un quotidien qui n'était pas le mien, et donc moins lourd à porter.
 
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Mer 25 Mai - 2:14



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Se retrouver seul face au gouvernail, immobile, dans cette pièce vide lui tirait toujours un profond soupir proche de la mélancolie. Parce qu’alors que son regard se portait droit devant à travers le hublot, le capitaine se remémorait les mots fatidiques de Jones. Il l’entendait chaque fois lui dire qu’ils étaient coincés sans moyen de pouvoir repartir et ils devaient commencer à se faire une raison. Car même si ce monde le fascine, il sait que cette fois il n’aura pas le moyen de fuir comme il le fait à chaque fois. C’est ça le résumé de toute son existence, la fuite. Et il ne pouvait se résoudre à demander à sa meilleure compagne de voyage de le sauver une fois de plus. Les premiers jours qui avaient suivis, les réactions de Nemo avaient été contradictoires, passant vite d'un sourire confiant en des vagues d’incompréhension et de nostalgie qui se perdaient dans le grand bleu. Il y a plus de deux siècles, il avait tout laissé pour une pulsion qui lui appartenait, qu'il ne partageait avec personne d'autre que sa personne et les vagues qui tapaient contre la coque de l'énorme navire métallique qui le transportait depuis longtemps maintenant. C’était difficile pour lui d’admettre l’impuissance. Car dans le monde de la piraterie, il n'y a rien de pire que l'impuissance face à tout et n'importe quoi. Elle peut venir à cause d'un périple qui n'avait pas été prévu, d'un décès survenu comme d'une mauvaise blague… L'impuissance ça le pousse à passer jusqu'à plusieurs jours dans sa cabine ou dans son atelier dans un mutisme complet. L'impuissance. Un seul mot, une seule définition, une seule capacité celle de détruire tout ce qui se trouve sur son passage. Là, c'est cette même impression qu'il a dans le bout des doigts, jusqu'au plus profond de son cœur.

Une pensée que la sirène semble capter parfaitement. Elle le connait bien il faut dire. Mieux que quiconque même. Elle le comprend parfaitement ou presque. Plus que bien des gens en tout cas. La liberté. La liberté a une saveur sans pareille, mais elle ne se gagne pas sans danger, car en vérité, rien de ce qui vaut le coup sur cette terre ne s’obtient sans mérite. Cette leçon il l’a apprise il y a très longtemps, avant même que leurs routes ne se croisent. Prendre le large, partir en mer, observer l’horizon sans fin. C’était le genre de sensation qui le rendait plus vivant que jamais. Une sensation qu’il avait presque peur d’oublier à force de rester immobile, avec le temps, et pourtant d’une certaine façon, il débarquait à peine. Mais les paroles de Mélusine savent exactement où venir toucher sa confiance. L’entendre croire aussi aveuglement en lui suffit à lui redonner le sourire et regonfler toute sa détermination à bloc. Exactement comme sur cette île maudite. C’était là qu’il se rendait compte que voyager sans elle ça n’avait jamais eu tout à fait la même saveur. C’était toujours un besoin vital mais c’était comme un puzzle qui n’était pas tout à fait complet. La foi qu’elle avait en lui était un cadeau précieux et c’est avec assurance et joie qu’il repris le cours de sa visite.

-Merci. Je ne perdrais pas espoir.

La revoir lui suffisait déjà largement à mieux accepter la réalité de ce nouveau monde. Comme une bouffée nostalgique bienveillante. Au moins il y a quand même quelque chose de bon à ce voyage, dans ces retrouvailles. Pourtant il est nettement moins fier de lui et de son génie quand il laisse la sirène pénétrer dans son espace de travail. Ranger ? Il s’y était déjà essayé mais ça n’avait jamais bien fonctionné. Alors il avait renoncé, de toute façon son esprit fourmillait toujours trop d’idées, tout comme la vie à bord prenante, pour lui laisser le temps de se consacrer au moindre ménage de cette pièce. Heureusement le doux rire de son amie  lui permis vite de ne pas s’attarder sur ses préoccupations. Et encore une fois elle avait parfaitement raison. A se demander comment il avait pu continuer à marcher droit après leur séparation. Quoique, en fait il avait bien cessé de marcher droit. C’était peut-être idiot de sa part, mais en la revoyant aujourd’hui il comprenait enfin qu’elle était une des choses les plus précieuses de son existence. Aussi précieuse que son navire. Car sans elle il ne serait pas là, il le sait. Il revoit toujours cette scène où il l’a aperçu pour la première sur l’île de la magicienne. Il n’a jamais pu oublier son sourire, sa bonne humeur, sa chaleur, son humour – une déesse parmi les mortels, c’était ce qu’il s’était dit la toute première fois, et pas seulement parce qu’elle faisait partie de ses créatures des mers fascinantes. Alors il sourit, poli, en continuant sa visite, l’entrainant vers le grand salon.

-Tu me le montrerais ? Ton appartement ? … Je ne sais pas ce que c’est mais j’aimerais beaucoup découvrir ta vie ici.

Il n’a pas tant visité la ville. Il faut dire que le Nautilus répond parfaitement à tous leurs besoins. Et s’il n’a pas encore fourré son nez partout c’est parce qu’il a bien des soucis à régler avant. Mais il est curieux. Il l’a toujours été. Curieux de ce monde, curieux de la voir interagir ici. Elle lui avait déjà permis de découvrir les secrets et merveilles de l’océan, alors peut-être pourrait-elle le refaire ici ? Comme une nouvelle aventure  comme ils en avaient vécu dans les autres mondes. Installé face à face dans les fauteuils du salon il lui laisse le temps de contempler l’océan, il l’observe et puis il se lance. Ca le rassure de l’entendre dire qu’il a su rester lui-même à travers le temps, mais au fond il sait que c’est faux. Il a menti, il a changé, il a évolué dans l’ordre naturel des choses et pas de la meilleure des façons. Mais il n’ose pas l’avouer. Parce qu’il voudrait conserver un peu cette façon unique qu’elle a de le voir et de le connaître. Il est lâche et à la place il se contente d’écouter ses aventures à elle.

-Quand je t’ai quitté… J’ai de suite éprouvé des remords, je suis retournée à ma solitude… Cette compagne dont je ne souhaitais plus la compagnie. Alors j’ai essayé de m’approcher des hommes. Tu sais comme j’étais niaise et rêveuse à cette époque…

Il se cale dans le fond du fauteuil, repenser à leur séparation ça fait ressortir des sensations enfouies au plus profond de son cœur. Mais ça avait été inévitable et il avait tout fait pour l’accepter. Après tout il n’avait pas le droit de la retenir. Mais il n’était pas l’heure de penser à ces quelques saveurs ternies. Il y avait des choses qui devaient se terminer, pour que d’autres puissent débuter. Elle avait dû agir pour son propre bien, pour penser un peu à ce qu’elle voulait, et non ce que les autres prévoyaient pour son cas. Et elle avait eu raison, du moins le pensait-il franchement à cet instant. Le capitaine réalise et comprend sans qu’elle ne mette plus de mots dessus. Mélusine n’avait que l’envie de se trouver réellement et donner un sens à sa vie. Alors il écoutait avec attention le début des aventures de la sirène loin de lui. Il l’écoute en silence parler de ce pirate qui l’a pris dans ses filets, il s’agite doucement mais se retient de poser des questions dont il aura bientôt les réponses.

-J’en rêvais, pour tout t’avouer… Je voulais aussi voire d’où tu venais, découvrir ton monde comme tu avais découvert le miens. C’est pour cette raison que je suis allée là où le pirate le voulait. Au fond d’une sombre grotte, dans les profondeurs de l’océan. Là-bas, j’y ai trouvé un coffre que je lui ai rapporté. En remerciement, il m’a offert un bracelet magique, capable de me donner des jambes lorsque je l’enfilais. Mon aventure terrestre pouvait finalement commencer.

Il a un mauvais pressentiment, quelque chose dans la voix et l’attitude de la jeune femme qui le fait se pencher en avant mais qui l’empêche encore d’aller plus loin. Il redoute la suite, il s’imagine déjà bien des choses. Parce qu’il le savait bien, les rivages n’étaient pas sûrs. Le plein large beaucoup plus. Pourtant tout ce qu’elle lui racontait avait tout du début d’une histoire heureuse. Il est d’ailleurs surpris d’apprendre qu’elle a toujours vu son espèce à elle comme décevante. Il se force à retourner dans le fond de son siège, se demandant à quel point la suite va être douloureuse et surement malheureuse. Et la vérité est plus atroce encore qu’il ne l’imagine. C’est la première fois qu’il l’entend pousser un tel cri. Un cri de rage et de haine pure. Comme il en avait lui-même poussé lorsqu’il avait enfin hurlé sa vengeance à toute la marine royale. Il faut dire que certaines douleurs particulièrement intenses pouvaient se souder aux éléments qui leur étaient associé, accidentellement ou non. Le genre de choses qui avaient de quoi rester graver au fer rouge dans les profondeurs de votre mémoire et ce jusqu’à la fin de votre vie. Une aiguille lui pince alors doucement le cœur. Il comprend sa détresse, il entend ses pleurs. Il respecte même, qu’elle ne le regarde pas en face. Ce serait se dévoiler toute entière, mais elle a peur. La douce sirène parait moins forte que les tempêtes qu’elle est capable de semer tout à coup. Alors rien d’étonnant que ses mains se crispent sur les accoudoirs de son fauteuil alors que Mélusine poursuit toujours son récit, malgré le début des larmes.

-Après des mois et des mois passés à être mutilé, j’ai finalement réussi à m’enfuir. Et j’ai continué mes voyages. Cette fois, avec un regard un peu moins niais.

Ses jointures en sont devenues blanches à force de martyriser les accoudoirs du fauteuil, son sang ne fait qu'un tour dans tout son corps qui n’est pas loin de se mettre à trembler de manière incontrôlée. L'énervement. C'est une émotion chez Nemo qui se voit peu de fois, mais qui, quand elle débarque ne fait pas un massacre à moitié, bien au contraire. Alors quand cela concerne une des personne les plus chers à son cœur… De tous les êtres vivants sur terre, elle est probablement l'une des personnes les plus précieuses de son entourage chaotique, l’autre côté de sa médaille. Ils avaient même vécus ensemble l’équivalent d’une ou deux existences.

Aussi quand elle s’approche il se lève prêt à l’accueillir dans ses bras. Et quand elle attrape sa main calleuse pour la poser sur sa peau pâle, il les sent. Les cicatrices, les marques de la cruauté humaine. Il n’y a aucun autre moyen de comprendre la douleur, et ce qu’elle lui demande là, c’est de s’y préparer. Plus de triche, plus de masque. N’importe qui pourrait avoir pitié, pourtant Nemo la voit toujours comme une divinité, une princesse des mers et non pas une chose frêle sans défenses. Des défenses, elle en a maintes. Mais elle ne sait pas encore comment s’en servir. Mais lui ? Chez lui la raison ne répond plus, la raison n'est plus, la raison a préféré tirer sa révérence face à ce combat perdu d'avance. La voilà son erreur, sa plus grande faille chez ce marin, la raison. Il l'a quand il s'agit de sermonner ses hommes ou encore de les féliciter, il l'a quand il faut échafauder un plan de secours pour se sortir de situations délicates, il en est doté même lorsqu'il voit son monde s’écrouler. Pourtant, face à ce sentiment, face à ce cœur de la sirène qui menace d'éclater à chaque seconde, il n'est rien de plus qu'un être répondant à ses plus bas instincts.

-Mélusine…

Il s’interrompt  alors qu’elle éloigne sa main, la glissant dans sa chevelure presque aussi pâle que sa peau, s’accrochant comme une caresse mais c’est pour mieux lui dévoiler la cicatrice de son cou. Il serre le poing, une grimace d’horreur et de rage traversant son visage quand il aperçoit l’œuvre probable du démon. Ce démon qui lui a coupé les nageoires jusqu'à la marquer au fer là, précisément sous le cou, sur ce lieu tellement discret. Bien qu’elle soit toujours en vie, Mélusine n’aura pas été épargnée. Ses souffrances silencieuses en disent long sur son vécu. Et ça l'énerve. Y'a son estomac qui se tord, son cœur qui frappe douloureusement contre sa poitrine d'un coup sans crier gare. Si elle lui demandait, là, à cet instant, il tuerait pour elle. A tel point qu’il ne peut détacher son regard de ses prunelles lilas alors qu’il a l’impression que son cœur va se déchirer entre la rage et la peine.

-Et toi … Quelle part d’obscurité cache ton cœur ?

C’est presque une lame qu’elle lui plante dans ce fameux coeur, mais il ne peut pas lui en vouloir. Pas à elle. L'obscurité est présente un peu partout. Que ce soit dans une personne, dans un geste, dans un bibelot futile ou même dans un élément, elle est présente, bien évidemment dans le cœur de tout homme, comme une malédiction. Mélusine l’a compris, l’homme est fait pour détruire tout ce qu’il touche. Il voudrait tellement lui avouer, mais les mots sont encore trop coincés dans sa gorge. On a tous quelque chose à cacher, on a tous un secret inavouable qui jamais ne dépassera la barrière de nos lèvres tout bonnement parce qu'il est ce qu'il est, impossible à faire sortir des tréfonds de nos âmes. On a tous ce petit truc qui fait que ça cloche en nous, cette tâche noire indélébile qui ne souhaite partir, et si à notre plus grand désespoir le monstre sort le bout de son nez, on fait tout et n'importe quoi pour le cacher. Mais elle mérite de savoir. Il doit finir par avouer à quelqu’un qu’il n’a pas que du sel dans les veines, il a aussi du sang sur les mains, qui coule à chaque fois qu'il les regarde la nuit par pure curiosité futile. Il le voit qui s'étale, commence à prendre part à son être comme une malédiction en se rappelant de la femme à qui il a tout arraché ou des hommes qu'il a perdus en pleine excursion.

-N… Nate… S’il te plait, raconte-moi tes aventures.

En voyant la larme rouler de l’œil de la sirène un étau se referme une fois de plus sur lui, le poussant à glisser sa main de son cou jusqu’à sa joue pour venir effacer sa trace avec son pouce alors qu’il la sent trembler, lui faisant d’instinct refermer ses bras dans une étreinte protectrice, pour la serrer doucement contre lui, alors qu'il l'embrasse légèrement sur le haut du front.

-Je suis désolé, Mélusine. Je suis désolé d’avoir été aveugle et égoïste. Je suis désolé de ne pas avoir été là pour toi comme tu l’as été pour moi. Si au moins j’avais eu le courage de te suivre pour découvrir le monde terrestre… Si…

Il n’arrivait pas à terminer sa phrase, sa voix se cassant encore sous le coup de la rage qu’il ressentait. La rage contre son bourreau, la rage contre lui-même. Avec des si, on referait le monde, n’est-ce pas ? Si il en avait le pouvoir, il referait le sien. Il recréerait son monde, à commencer par ce moment où leur deux chemins s’étaient séparés. A croire qu’il était né sous une drôle d’étoile, une des plus noires, une des plus froides. De celles qui maudissent les créatures, de celles qui n’engendrent que des chimères, des monstres. Mi hommes, mi bêtes. Et il se sent malade et coupable de ne pas avoir été là quand elle aurait tellement eu besoin de lui. Il est vraiment un bien piètre ami. Alors il fait la seule chose qu’il peut faire maintenant, après la bataille, en la rassurant, en se perdant quelque secondes dans cette douceur qui ne lui était pas forcément familier. En lui faisait subtilement comprendre qu'elle avait toujours sa place près de lui, malgré les épreuves, malgré l'éloignement. La situation de la sirène n’était d’ailleurs pas sans lui rappeler ses propres tourments passés. Il n’avait pas besoin de lui demander ce qui lui était arrivé, il le savait déjà parfaitement, il en avait sans doute une idée pas si lointaine. Il savait que c’était de ces choses qui continuaient de vous brûler le corps alors même que les marques physiques commençaient à s’estomper. Et il était rassuré au fond de voir que malgré ce qu’avait pu lui faire ces monstres inhumains, aussi froid que cruel, ils n’avaient pas absorbé petit à petit la vie de leur victime. Il était rassuré de voir qu’elle ne ressentait pas le besoin de mettre de la distance entre elle et lui, rassurer de voir que sa chaleur humaine ne la brûlait pas, alors qu’il tentait de la bercer doucement, maladroitement surtout.

-Tu sais … je dois t’avouer une chose. Je ne suis pas vraiment resté semblable à moi-même après notre séparation…

Il murmurait à son oreille, hésitant, mais il ne pouvait pas mentir devant elle. Pas après ce qu’elle venait de traverser. Il était temps qu’il lui raconte la noirceur qui se cachait sous sa chemise bouffante dans laquelle elle collait son visage. Son accumulation de cicatrices qui ne cessent d’augmenter.

-Tu me demandais quelle part d’obscurité se cachait en mon cœur… J’ai tué des hommes Mélusine, des innocents qui ne m’avaient au fond rien fait. Après que nos routes se soient séparées j’ai écumé les océans et j’ai coulé de nombreux navires par simple vengeance, sans même me préoccuper qu’il y ait des survivants ou non. Je regrette, j’ai compris aujourd’hui que c’était une erreur, mais ça ne pardonnera et n’effacera jamais ce que j’ai fait. Je le sais… Au fond je suis sans doute un des pires hommes de ce monde.

Pendant cent ans il était resté prisonnier d’une île si bien que quand il avait finalement réussi à reprendre sa liberté les personnes qui auraient réellement mérité sa vengeance n’était plus depuis longtemps. Mais il y avait quelque chose, là, dans le noir de son être, qui s'était fracassée et qu'on ne pourrait sans doute jamais réparer. Et il n’avait pas pu simplement accepter de tourner la page. Pas après tout ce qu’on lui avait fait, pas après tout ce qu’on lui avait enlevé. Et si Mélusine avait réussi à rendre ses blessures plus supportables par sa douceur, par sa proximité, par sa chaleur l’ombre dans son cœur avait fini par ressurgir quand elle était partie.

Il pousse un soupir mélancolique et finalement il desserre son étreinte de la jeune femme et se dirige finalement devant le grand hublot pour se perdre quelques secondes dans la contemplation du paysage. Il la garde simplement contre lui, la rassurant de sa présence avant de reposer son regard doux et triste à la fois sur elle.

-Tu veux savoir pourquoi j’ai finalement choisi de rompre avec la société tout entière ? Pourquoi j’ai choisi l’océan au lieu de la terre ? Ce n'est pas que pour le voyage ou l'aventure. C’est parce que la mer est le vaste réservoir de la nature. C’est par la mer que le monde a pour ainsi dire commencé, et qui sait s’il ne finira pas par elle … Là est la suprême tranquillité. La mer n’appartient pas aux despotes. À sa surface, ils peuvent encore exercer des droits iniques, s’y battre, s’y dévorer, y transporter toutes les horreurs terrestres. Mais à trente pieds au-dessous de son niveau, leur pouvoir cesse, leur influence s’éteint, leur puissance disparaît ! Et au moins là je suis libre…

Sa voix est tremblante et empli d'une rage de vivre tout à la fois, dénonçant à travers ces mots ce qu'un tyran à finalement fait de lui. Est-ce qu’elle le verrait toujours de la même façon après qu’il lui ait montré qu’il était lui aussi une de ces bêtes humaines ? Il redoute la réponse à cette pensée. De plus, elle lui avait demandé le récit de ses aventures, pas de montrer à quel point il était un personnage méprisable, alors il tente de sourire tant bien que mal.

-Quant à mes aventures… Eh bien j’ai vogué, j’ai vogué aussi loin et aussi profondément que le Nautilus me le permettait. J’ai exploré des cités antiques engloutis par les flots qu’aucun autre homme n’a dû voir. J’ai visité des îles de pêcheur prêt à mettre leurs vies en danger pour récolter de précieuses perles et permettre à leurs familles de se nourrir. J’en ai aidé certains, j’ai secouru des naufragés, j'ai parfois dû affronter des créatures marines gigantesques et un jour j’ai même fini par arriver dans un royaume où une reine a entièrement emprisonné mon navire dans la glace. J’ai bien cru rester prisonnier à jamais … parce que cette fois-ci tu n’étais pas là pour sauver ma misérable carcasse … Mais j'ai fini par trouver une solution. A vrai dire elle ne cherchait qu'à protéger son royaume et ses sujets.

Voir Mélusine et ses cicatrices ça lui fait toujours crisper son poing de rage, pour se contenir. Mais la voir si désemparé ça avait suffi à lui permettre de laisser ressortir un petit quelque chose qu'il cachait derrière un mur infranchissable de facettes et d'expressions.

-Ca n’a jamais été pareil de voyager sans toi tu sais. J’aurais dû comprendre à quel point tu désirais voir la terre. J’aurais du tout faire pour t’aider et t’accompagner au lieu de ne penser qu’à moi … Je serais toujours là pour toi Mélusine et je suis désolé.

Il détourne le regard, toujours honteux, pour finalement contempler une fois de plus ce qui s’étend au-delà du immense hublot.







O Captain! My Captain! our fearful trip is done;The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won


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Piranha Cannibale
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Sam 28 Mai - 0:28

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-Merci. Je ne perdrais pas espoir.


J’avais eu le plaisir de voir son regard passer de la morne nostalgie à quelque chose que je préférais. Une envie farouche de s’en sortir, un espoir assez fou pour y rester accroché. Un sourire d’une extrême douceur s’étala alors sur mon visage. Je préférais le voir confiant… Le voir toujours droit dans ses bottes face à la tempête. Le capitaine fort que j’idéalisais depuis si longtemps. Le voir ainsi, perdu, me faisais mal au cœur, et j’étais prête à tout pour l’accompagner dans ce monde qu’était désormais le mien et qui lui était jusqu’alors totalement inconnu. Ce monde où la magie passe au second plan. Ce monde où le happy end existe encore.
Il m’avait ensuite menée à son atelier. L’antre du grand créateur. Devait-on réellement être gêné d’un petit désordre ? D’après moi, non. Absolument pas. Dans le sens où ce désordre était un synonyme de génie ou d’artiste. L’un, pour moi, n’allait pas sans l’autre. Les idées fusaient avec une grande puissance, se répercutant un peu partout. Un lieu parfaitement rangé manquerait d’authenticité. Un lieu parfaitement rangé donnerait une impression aseptisée, il n’y aurait aucun potentiel créatif là-dedans. Cette pièce avait une âme. Une essence, à l’image de son propriétaire bien entendu. J’embrassais la pièce du regard alors que tout cela me sautait aux yeux. Pas besoin d’ordre dans ce type de pièces. C’est dans le chaos… Que les meilleures idées naissent.

-Tu me le montrerais ? Ton appartement ? … Je ne sais pas ce que c’est mais j’aimerais beaucoup découvrir ta vie ici.

Un petit rire de ma part accompagna alors sa requête. Mon appartement ? Si son atelier n’était pas rangé… Que devait-on dire de mon appartement ? Des croquis traînaient un peu partout, des crayons envahissaient petit à petit le lieu, sans parler de paniers remplis de linge soigneusement pliées, mais jamais rangé à leurs place. Un joyeux bordel, mais je me fichais bien pas mal de cela. Mon esprit était lui-même brouillon. Cet appartement était aussi le reflet de ma petite personne. Etais-je capable de montrer le joyeux bordel qui rythmait ma vie ? Je n’avais jamais été pudique. Et cela ne me dérangeais pas tant que ça.

« Oui, bien sûr Nate… Je pourrais par exemple te montrer mon salon aussi. Je suis tatoueuse ici… Moi aussi je crée des choses, tu vois ? »


Enfin, ma peau était un bel exemple de ce que je pouvais faire. Bien sûr je n’avais pas tout fait toute seule, cela aurait été impossible, mais je m’étais débrouillée, j’avais petit à petit effacer toutes ces déformations, j’avais pu gommer la déchéance de mon enveloppe corporelle. Tout cela n’était qu’un mauvais souvenir, relégué aux oubliettes, invisible aux yeux des autres. Mais malheureusement, encore bien trop visible à mes yeux. Un regard pétillant se posa alors sur l’homme, alors qu’un sourire amusé tordait mes traits.

« Je te ferais visiter tout ça mon capitaine. Je m’étonne que tu ne t’es pas encore laissé tenter. Cette technologie pourrait être intéressante à étudier pour un amoureux de la science tel que toi… Mais je t’introduirais dans ce monde, tu verras. Ce sera beaucoup plus sympa. »


Dans mes souvenirs, ce cher capitaine était vraiment un homme curieux. Le genre d’homme qui faisait preuve justement de curiosité intellectuelle. J’avais beaucoup appris à ses côtés. J’étais devenue plus curieuse de ce monde, plus intelligente aussi. Je voudrais pas dire… Mais je n’ai jamais été le type de nana à inventer la poudre. J’étais trop impulsive pour réfléchir deux secondes avant de foncer comme un bélier contre un mur (et forcément de m’assommer par la même occasion.)… Mais je vous rassure. Ce n’est qu’une image. Je ne fais pas encore vraiment ça… ça viendra peut-être un jour ? Qui sait. En tout cas, ce salon me donnait confiance et je puisais les forces nécessaires pour raconter ma terrible histoire à cet homme. Lui montrer à quel point j’étais fragile était extrêmement dure pour moi. Mon récit se commence, s’enchaîne. Les mots ne sont pas des mots pour moi. Les mots ont toujours été trop puissants pour ma petite personne. Une arme presque aussi douloureuse qu’un couteau. Vous pensez qu’on ne peut tuer avec des mots ? Moi j’en suis persuadée. Le langage est l’une des magies les plus puissantes de ce monde. Un beau parleur pourra dominer le monde s’il le souhaite, pour peu qu’il puisse vendre à quiconque ce qu’il veut. Un beau parleur pourra créer chez son auditoire peur, tristesse ou bonheur en un rien de temps. Moi j’étais trop sincère pour avoir le même effet. J’étais ce genre de fille incapable de mentir, la demoiselle qui disait ce qu’elle pensait. Le mensonge n’était pas une option. Je raconte mon histoire, et chaque mot est une pierre de plus sur mon cœur. Je vois le marin du coin de l’œil s’agiter sur son siège, se contenir, mais l’effroyable vérité s’étale devant lui, mise à nue. La vérité est aussi une arme, au même titre que les mots et les mensonges. Je sens la colère ramper sous sa peau, je vois ses mains crispées, son visage rougissant. Je ressent cette colère qui fait écho à la mienne. Ma douleur et ma peine se mêlant à ce sentiment de rage que je ressens chez lui. J’ai l’impression qu’il me comprend… Qu’il ne me juge pas comme ont pu me juger mes pairs. Pas comme toutes ces sirènes qui m’ont exclu avec une infinie vitesse de leurs clubs très fermé. Sa peau sur la mienne me rassure, me donne une contenance. Quelque chose à quoi m’agripper. Quelque chose de finalement… réel ?

-Mélusine…

Sa voix me fait sortir de ma torpeur. Je m’ouvre au reste du monde à nouveau. Mon regard est fou… Je semble totalement à côté de mes pompes. Mais après tout, n’est-ce pas toujours comme ça avec moi ? Oui… Depuis ce fameux jour, je suis une poupée cassée, une poupée écartelée, au visage fissuré, mais pourtant… Cette poupée n’est pas bonne à jeter. Ce jouet possède encore un cœur bien rouge, bien vif, qui bat aussi faiblement qu’un papillon battant des ailes. Je dois me battre chaque minute contre ce passé envahissant, je dois garder la tête haute, pourtant je n’y arrive pas… Pourtant, je ne cesse de créer des mers imaginaires avec tant de larmes. Le spectre de la tristesse semble invariablement accroché à moi. Puis vient la fameuse question. La question qui a de quoi mettre mal à l’aise. Le capitaine Nemo était-il un monstre au cœur de pierre ? Je connaissais déjà la réponse… Au fond de moi je la connaissais mieux que quiconque. J’avais peur du reste du monde, mais pas de lui… Non… Lui resterait sans aucun doute et à jamais mon premier ami, mais aussi mon premier amour. N’était-ce pas, pour la première et la dernière fois de ma vie, par lâcheté, par peur que j’étais partie ? Je m’en étais tellement voulue que je n’avais plus jamais fuit, plus jamais. Les ruisseaux se forment encore, comme tant de fois avant cela… Comme tant de fois depuis que nos chemins s’étaient séparés. Les larmes sont devenues des compagnes indispensables, et sa paume chaude vient se caler sur ma joue rebondie, son pouce vient essuyer ce douloureux souvenir liquide, et inconsciemment, ma joue se repose contre sa main, mes doigts délicats viennent se poser sur sa main. Je suis vivante… Je ne suis pas totalement brisée. Une part de moi reste en vie. Une part de moi… A désespérément besoin de lui. Et cette part-là n’est absolument pas une petite part. ses bras se referment sur moi, et je me sens à nouveau exister. Je me sens clairement vivante au cœur de cette étreinte. Je m’agrippe à sa veste, collant mon visage à son torse, écoutant les battements réguliers de son cœur d’une oreille. Ce doux son régulier était tellement sécurisant… Tellement doux à mes oreilles. Il dépose un baiser sur le haut de mon front, et petit à petit la crise passe, mais je reste accrochée à lui, comme s’il allait disparaître si je le lâchais… Comme s’il n’était qu’une illusion, de la poudre jetée à mes pupilles. Le marin avait toujours été quelqu’un de très doux, de très patient… C’était une qualité rare… Une qualité tellement utile à ce moment précis.

-Je suis désolé, Mélusine. Je suis désolé d’avoir été aveugle et égoïste. Je suis désolé de ne pas avoir été là pour toi comme tu l’as été pour moi. Si au moins j’avais eu le courage de te suivre pour découvrir le monde terrestre… Si…

Ma gorge se serra alors, toujours le visage collé à son torse, je marmonnais quelques mots. J’ignorais s’il me comprenais réellement ou si ces baragouinements étaient destinées à se perdre dans sa veste. Enfin au pire, elle n’avait qu’à garder ce secret.

« La seule fautive c’est moi. C’est moi qui suis partie… C’est pas toi. Je fonce toujours droit dans les coups fourrés. Je n’ai pas le recul nécessaire pour ça… Je n’ai jamais su grandir vraiment. »

Il me raconta alors sa petite histoire. C’était comme un secret. Le secret de l’océan. Quelque chose qui ne devait pas s’ébruiter. Quelque chose qu’il fallait cacher au fond de soi. Le genre de secret où il fallait partir armé d’une côte de maille avant de la brandir sans peur. Alors je me décollais légèrement, toujours en sécurité dans ses bras, levant les yeux pour croiser son regard. Il parla des personnes qu’il avait tué. De cette vengeance. Je le regardais de mes yeux lilas, mais à aucun instant l’horreur ne put se lire dans le fond de mes yeux. Aucun instant je ne me reculais de lui. Il se définissait lui-même comme un des pires humains de cette terre. On pouvait sentir dans le ton de sa voix la peine, la honte… Je respectais ses silences, me forçant à ne pas intervenir. Restant près de lui. C’était tout ce qui comptait. La présence d’une personne près de lui. Du moins était-ce ce que je pensais. Il desserra son étreinte et me mena devant le hublot, il était toujours à côté de moi, et cette proximité me calmais, j’avais certes les yeux rouges et bouffis, indigne d’une fille de l’océan, mais les pleurs avaient arrêté.
Il m’expliqua ensuite pourquoi il avait choisi de prendre le large, de larguer les amarres, et un sourire triste s’afficha alors sur mon visage. Un sourire nostalgique. La peine se disputait à la honte.

« En tant que fille… J’ai renié ma mère pendant si longtemps… Et pourtant, la mer n’est-elle pas le territoire des rêveurs et des audacieux… Mais aussi un univers sans grillages, sans prisons. Pourquoi n’ais-je pas compris plus tôt… »


Une succession d’événements avaient fait que… J’avais quitté le doux couvert de l’océan pour me lancer en grande solitaire dans une aventure qui, fatalement, finirait mal. Nate avait une grande colère au fond du cœur, et c’est tout naturellement que je glissais une main vers la sienne, nouant ses doigts aux miens. La colère qui maturait depuis des siècles n’était pas forcément une bonne chose.

-Quant à mes aventures… Eh bien j’ai vogué, j’ai vogué aussi loin et aussi profondément que le Nautilus me le permettait. J’ai exploré des cités antiques engloutis par les flots qu’aucun autre homme n’a dû voir. J’ai visité des îles de pêcheur prêt à mettre leurs vies en danger pour récolter de précieuses perles et permettre à leurs familles de se nourrir. J’en ai aidé certains, j’ai secouru des naufragés, j'ai parfois dû affronter des créatures marines gigantesques et un jour j’ai même fini par arriver dans un royaume où une reine a entièrement emprisonné mon navire dans la glace. J’ai bien cru rester prisonnier à jamais … parce que cette fois-ci tu n’étais pas là pour sauver ma misérable carcasse … Mais j'ai fini par trouver une solution. A vrai dire elle ne cherchait qu'à protéger son royaume et ses sujets.

De nouveau des excuses, pour mon départ. Des excuses pour ne pas m’avoir retenue. Alors, avec délicatesse, je pose mon autre main sur sa joue, le forçant à me regarder dans les yeux. Une vive détermination brille dans les miens. J’étais devenue une bonne actrice.

« A quoi tu joues ? Tu essayes de me faire déguerpir ? Il faut le dire si je te dérange ! »


Puis mon visage se modifie, une expression douce, un sourire avenant. Je prends alors la parole. D’une voix claire, d’une voix apaisante. Il faut calmer le fauve qui s’est réveillé. Calmer cette colère qui brille au fond des yeux de l’homme. Et contre les bêtes, les paroles ont aussi un pouvoir.


« Tu te crois monstrueux… Je n’ose imaginer la piètre image que tu as de toi mon cher, mais sache… Que je ne te vois pas comme toi tu te vois. Une bête assoiffée de sang ? Si cela était vraiment le cas, tu ne te serais jamais arrêté, un animal qui aime le sang ne s’arrête jamais de tuer. Un monstre… N’éprouve jamais de regret. Une bête n’aura jamais honte de ce qu’elle a fait. Et pourtant… Pourtant toi, tu t’inquiètes de ce que pensera une pauvre petite sirène. Une pauvre petite idiote… C’est presque amusant. Mais soit sans craintes… Je dois t’avouer ne pas être impartiale. Je suis bien incapable de t’en vouloir, ni même de te gronder pour tes bêtises passées. La seule chose que je peux faire, c’est garder un œil sur toi et te taper sur les doigts si jamais tu commences à t’écarter du droit chemin. »


Ma main s’attarde bien trop longtemps sur sa joue… Au diable la bienséance. Je n’ai jamais été un modèle particulier de subtilité. Une moue moqueuse s’affiche sur mon visage.

« Et puis tu sais… Il y a des monstres qui sont très sociables. Je n’ai jamais eu de problème avec les baleines par exemple. Enfin… peut-être parce que techniquement, ce sont mes cousines. »

Je laissais tomber ma main. Les yeux brillant de vivacité. Oui… Oui, je me sentais revenir à la vie, je commençais à toucher du doigt cette saveur que j’aimais tant. Et puisque l’heure était venue pour les petits secrets…

« Je ne suis pas partie parce que tu refusais de m’accompagner sur terre. Je suis partie par lâcheté. J’avais peur… De te perdre à tout jamais si je continuais sur le chemin que je commençais à emprunter. Mais… Mais malgré tout ça, je n’ai jamais oublié ce que j’ai pus ressentir, et à quel point il a été dur de s’en détourner. Je crois d’ailleurs que je n’ai jamais vraiment réussi. »


J’avais parlé par énigme, par semi, voir quart de vérité. Je n’étais pas vaillante, du moins n’avais-je pas la force de tout déballer. Je préférais encore me voiler la face, habiter dans ce monde de rêve ou tout le monde est doux… Ou le rejet n’existe pas. Je secouais doucement la tête avant de surenchérir, l’assurance et la témérité brillait dans le fond des prunelles qui étaient tournées vers le marin.

« Tu es aussi cassé que moi Nemo… Deux jouets brisés par le temps et les éléments. Comme quoi… Une grande longévité n’est pas forcément un cadeau n’est-ce pas ? Je te propose d’avancer à nouveau ensemble. De se soutenir l’un l’autre afin de faire face à la vie. Faire face à tous ces êtres qui veulent nous annihiler. Je te propose une alliance. Qu’en penses-tu ? Veux-tu défier l’ordre naturel avec moi ? Comme autrefois… Ensemble face au reste du monde. »

Tout cela avait pris un aspect de songe éveillé. Les voyages avec Nate avaient été l’époque la plus bénie de toute ma vie. La plus douce, la plus plaisante… Je rebondissais un peu sur ce dont il me parlait.

« Le nautilus piégé dans la glace ?! Raconte-moi ça en détail. Je me demande bien comment tu as pus te sortir de ce mauvais pas… Laisse-moi deviner, tu as offert à la demoiselle un tour à bord de son fier destrier, j’ai juste ? »


Je ne pouvais trop m’éloigner de lui. J’avais l’impression que c’était l’ancre qui maintenait en place ma pauvre carcasse, la personne qui me faisais garder les pieds sur terre… Qui m’empêchais de me disloquer. Le capitaine m’offrait une bouée de secours dans la mer déchaînée, en plein cœur de la tempête… Il était là, toujours là. Je finis par m’éloigner du hublot, l’entraînant à ma suite, sa main toujours prise au piège dans la mienne, et je finis par le pousser dans un fauteuil, avant de tranquillement m’installer sur un des bras du fauteuil, passant un bras autour de ses épaules. Mon attention était focalisée sur lui. Une biche piégée dans les phares d’une voiture ? Pas tout à fait… On s’approchait plus du bateau se servant du phare pour se guider.

« Aller ne te fais pas prier mon p’tit, raconte-moi les fameuses aventures du capitaine Nemo, et peut être pourrons-nous envisager d’en faire un joli petit livre. Je veux rattraper tout ce temps perdu… Même si c’est impossible, je le souhaite de tout mon cœur. »

...



If you'll be my boat I'll be your sea


I live to make you free But you can set sail to the west if you want to And pass the horizon, 'til I can't even see you Far from here Where the beaches are wide Just leave me your wake to remember you by  | © Vent Parisien






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Jeu 2 Juin - 19:33



Heavy is the cost



Victoria O'Donnel & Nemo



-Oui, bien sûr Nate… Je pourrais par exemple te montrer mon salon aussi. Je suis tatoueuse ici… Moi aussi je crée des choses, tu vois ?

-Bien sûr que tu peux créer des choses, je n’en ai jamais douté. Contrairement à ce que tu as l’air de penser créer n’est pas le propre de l’homme et même si les sirènes sont des muses, leur potentiel peut être aussi grand que celui des humains.

Un sourire doux éclaire son visage alors que la jeune femme lui promet de lui faire découvrir ce monde et ses secrets. De lui montrer toutes les merveilles scientifiques qui l’attendent et son propre domaine bien à elle. Du peu qu’il a déjà vu de cette ville il sait qu’il a hâte de la découvrir. Et il sait qu’il peut compter sur Mélusine plus que sur n’importe qui ou presque. C’est vrai que pour lui elle a vraiment été une muse. C’est vrai que c’est en voyant les sirènes aux abords de l’île d’Eéa qu’il a imaginé pour la première fois, en fermant simplement les paupières, rêvant d’un bateau qui glisserait sous les eaux pour les suivre, ces créatures divines régnant en partie sur les mers. C’est fou comme un rien, une infime petite idée peut devenir quelque chose de grand, trop grand pour son essence même. Elle en vient à être déformée, fragmentée, défigurée jusqu’à l’éclatement. C’est cette confiance en l’être qui est sans cesse remise en cause, face à sa sauvagerie, sa barbarie. Une idée peut déshumaniser le monde. Une idéologie propre n’est pas universelle. Elle n’est pas comprise par tous et c’est la perception de chacun qui compte et fait pencher la balance. Il ne se vante pas d'être quelqu'un d'exceptionnel. À vrai dire, il ne s'est jamais vu sous cet angle. C'est dans sa nature simplement de s'élever aussi haut que possible dans les sphères scientifiques et réalistes d'un monde géré par des idiots de première. Il ne se considérait pas supérieur aux autres. Mais il espérait peut-être en inspirer quelques-uns à le suivre dans l'ascension qu'il avait choisi de suivre. Il avait dans sa jeunesse voulu grimper sur le trône du monde pour l'observer de haut, sans pour autant le renier. Le monde entier n'était pas le problème, il en avait bien conscience, même si il avait toujours du mal à le voir. Ce n'était qu'une poignée d'existences qui marchaient en fantômes à travers celui-ci, comme la mort, comme la pestilence, comme la guerre, chevauchant à travers une épopée pour le conquérir, lui, et le réduire à simple esclave de l'humanité.

Ce qu’il avait traversé sur cette île maudite où il avait croisé la sirène n’avait pas était une des pires épreuves de sa vie de toute façon, son passé étant marqué par la cruauté humaine de manière indélébile. Une cruauté à laquelle Mélusine venait apparemment de se heurter sans qu’il puisse rien n’y faire. Il avait cru innocemment servir un roi qui se disait juste et bon. Il avait cru que la vérité pouvait suffire à faire justice en ce monde et il avait été remercié par le même genre de prison qu’avait fini par connaître son amie. Mais quelque chose s'était brisé, là-bas. Il avait perdu une partie de ce qu'il avait toujours été. Il avait perdu pied, un instant, là-bas, alors qu'on tentait de lui faire cracher le morceau de ce qu’il savait exactement par tous les moyens. Mais ce souvenir, il ne voulait pas en parler. Il enfermait sa douleur dans le silence de sa voix, comme Mélusine enfermait aussi la sienne dans ses larmes. C’était là que la noirceur dans son cœur avait commencé à naitre et s’était quand les corvettes royales l’avait rattrapé lui et son équipage que la noirceur ne l’avait plus jamais quitté. Quand sa main glisse sur la joue de la jeune et que ses doigts frais se joignent aux sien il ne peut s’empêcher de penser aux cicatrices qu’il a senti du bout de ses doigts… Une blessure c'est bien plus qu'un morceau de peau qui saigne, une griffure dans les veines. C'est une histoire qui se raconte, une mésaventure qui se chantonne ou encore une crispation dans l'estomac. Une blessure ça raconte une vie. Une blessure ça parle bien plus qu'un homme. S'il pouvait se citer comme bon exemple, il le ferait, tout bonnement parce que c'est le cas. Ce sont ces blessures au fond qu’il essaye d’effacer dans cette étreinte, dans cet élan de douceur qui apaisa d'un seul coup toute la violence précédente dont elle semblait encore souffrir. Il l'avait embrassé sur le front, sans trop se poser de question. Il avait toujours veillé sur elle, après qu’elle ait véritablement sauvé sa vie, qu'elle le sache ou non, et peu importe où il serait demain, dans deux ou dix ans, il continuerait de veiller.

-La seule fautive c’est moi. C’est moi qui suis partie… C’est pas toi. Je fonce toujours droit dans les coups fourrés. Je n’ai pas le recul nécessaire pour ça… Je n’ai jamais su grandir vraiment.

Il l'écouta souffler quelques mots, et soupira doucement, discrètement. Il n'avait pas voulu ça et elle non plus. Il n'avait jamais cherché à la culpabiliser, il n’avait pas voulu la blâmer de son impulsivité. Et si il s’était excusé c’est parce qu’il savait qu’il aurait pu être à ses côtés… qu’il aurait dû être à ses côtés. Mais ils ne pouvaient revenir en arrière, n'est-ce pas ? Ni lui, ni elle. Pas plus qu’il ne pouvait revenir effacer tout ce qu’il avait fait alors qu’ils voyageaient chacun  de leur côté. Au moins, elle n'avait plus de larmes sur le visage, c'était un début, elle ne paraissait même pas contrariée de voir à quel point il était bien plus sombre qu’il ne le laissait paraître… ce qui a le mérite de lui enlever un poids considérable. Il se sent profondément léger et rassuré de remarquer qu'il y a une part d'elle que son bourreau n'a pas pu lui voler. Il prolongea ainsi l'étreinte une seconde, jusqu'à faire le premier mouvement, bougeant un pas sur le côté en évitant le fauteuil où il était assis peu de temps avant. Il lui décrocha un mince sourire qu'il voulut probablement rassurant, sans trop y parvenir, en bout de ligne. Il avait besoin d’un peu de temps pour redevenir l'homme énergique, bavard, bon enfant qu'il avait toujours été.

-En tant que fille… J’ai renié ma mère pendant si longtemps… Et pourtant, la mer n’est-elle pas le territoire des rêveurs et des audacieux… Mais aussi un univers sans grillages, sans prisons. Pourquoi n’ais-je pas compris plus tôt…

-Parce que si les enfants pouvaient apprendre à devenir adulte simplement en écoutant leurs ainés alors ils n’auraient pas besoin de tomber pour mieux se relever après tu ne crois pas ? Et j’ai parfois l’impression de ne jamais cesser d’apprendre alors…

Nemo  était un grand garçon après deux cent ans, un grand garçon qui avait toujours su se débrouiller, et qui à force de perdre son entourage avait toujours essayé de ne compter que sur lui-même, s'efforçant de ne dépendre de quiconque, s'efforçant de ne pas faire couler les protagonistes qui régissaient sa vie avec lui, refusant de les embarquer sur la mer chaotique de son existence. Et c’était la même chose avec Mélusine, il aurait préféré la tenir éloignée de tout ceci, la tenir dans le secret, la sauvegarder, à sa manière, de l'horreur humaine qu'elle connaissait pourtant sur le bout des doigts désormais. Ses doigts qu’elle refermait doucement autour des siens, dans une étreinte qu’il savoura doucement, apaisant peu à peu la rage qui menaçait de sortir de la cage de raison qu’il avait tenté de bâtir au fond de son cœur. Cette rage qui lui brulait les lèvres alors qu’il tentait de s’excuser à nouveau avant de s’interrompre quand la seconde main de la sirène se pose sur sa joue, le poussant à se noyer totalement dans les lacs lilas de son regard.

-A quoi tu joues ? Tu essayes de me faire déguerpir ? Il faut le dire si je te dérange !

Un frisson d’épouvante  traversa sa colonne tandis que ses yeux s’agrandissaient sous le poids des mots qu’elle lui assénait. Il n’aurait pas dû en parler. Il aurait dû se taire. Il devrait se coudre les lèvres les unes aux autres, sauf que ça doit le titiller un peu, ça doit lui faire un mal de chien de se dire qu'un tel sacrifice a été fait à cause d’un personnage aussi égoïste que lui. Il n'a pas un cœur de pierre. C'est qu'il en a plus, c'est pas pareil. Ou du moins en a-t-il l’impression parfois.

-Quoi ?! Non… Non ! NON !!!

Il éclate, pas de colère, pas de rage, mais de cette bouffée nostalgique qu’elle provoque chez lui, sa voix se répercutant en écho contre les parois métallique du Nautilus, durant un cours instant, avant de se reprendre et de tenter de réexpliquer calmement ce qu’il a voulu dire au fond.

-Ce que j’essaye de dire c’est … Tu sais parfois quand je retourne à terre j’ai l'impression d'appartenir à un tout autre monde. Un monde qui n'est pas le mien et que je regrette, à l'occasion. Un monde que j’ai rejeté, entièrement, depuis toujours, ou presque… Alors je comprends que tu ais pu renier l’océan et que tu puisses envier les hommes. Je comprends que tu ais choisi cette aventure.

Paupières closes pour se remettre les idées en place, il racle sa gorge mal à l’aise, se concentrant finalement seulement sur le contact frais et apaisant de sa paume sur sa joue, alors qu’elle revient sur son terrible aveu. L’aveu de sa haine. Une haine terrible qui le poussait à prendre des mesures irréfléchies. Une haine si sombre qu'il en mettait de côté ce qu'il était réellement pour prendre possession du reflet monstrueux de son ancien bourreau. Nemo n'avait jamais été un monstre. Il n'avait jamais été cruel et encore moins un meurtrier. Il avait toujours eu un bon fond, il suffisait juste de mettre de côté son caractère un peu rêveur et excentrique. Sauf qu'il y avait autre chose, à présent. Une gangrène qui avait germé dans ses pensées au cours des siècles. Une haine qui empoisonnait ses idées et qui détruisait son propre équilibre. Cette haine qui avait mis un stop à ses réflexions. Une haine qui l'avait poussé à tout faire pour anéantir cette image qu'un seul homme était parvenu à créer. Une chose était certaine, en tout cas... Si Nate Osborne n'avait jamais été cruel, un monstre haineux était né en lui. Car sinon comment expliquer qu’on avait pu le pousser à en tuer un autre ? Même des autres dans ce cas ? A priori, le capitaine répondrait qu'il en va de la propre survie de celui qui est attaqué, qu'il fait tout cela pour se défendre et non pas par pur plaisir. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Est-ce qu'il n'y a pas plus ? Quand est-ce que, exactement, quelqu'un dépasse les limites et devient ce que l'on appelle plus communément une bête ? Cette bête que Mélusine ne semble  pas voir, alors qu’il ose à nouveau croiser son regard.

-Ca n’est pas aussi simple Mélusine... Car même si je regrette, il y a des jours ou c’est encore la colère qui gagne et qui l’emporte sur la raison. Trop souvent…

Ses doigts serrent doucement ceux entremêlé au sien, comme une bouée à laquelle se raccrocher, alors qu’elle lui promet presque de ne plus le laisser glisser sur cette pente obscure. Et quelque part, ça lui avait fait du bien. Comme si le seul regard de la sirène agissait sur lui comme un baume de légèreté sur ses pensées agitées. Ils avaient doucement brisé leurs habitudes, chacun de leur côté pour se perdre et tandis qu’il méditait ce qu’elle venait de lui dire il commençait finalement à entrevoir que parmi ce noir complet qu’il pensait être son cœur, il était possible d'y trouver encore une faible lumière qui pouvait le guider vers la sortie. La lueur qu’était Mélusine.

-Je ne suis pas partie parce que tu refusais de m’accompagner sur terre. Je suis partie par lâcheté. J’avais peur… De te perdre à tout jamais si je continuais sur le chemin que je commençais à emprunter. Mais… Mais malgré tout ça, je n’ai jamais oublié ce que j’ai pu ressentir, et à quel point il a été dur de s’en détourner. Je crois d’ailleurs que je n’ai jamais vraiment réussi.

Ce fut des paroles qui le prirent de court. Ses yeux s’agrandissant un instant sous la surprise. Il s’était attendu à une autre raison de départ, à vrai dire il avait toujours cru qu’elle avait fait ça pour son indépendance,  parce qu’elle n’aurait jamais dû, au départ, venir à son secours. Oui il s’était attendu à bien des explications… Mais pas à cela. Parce qu’à la place de ce qu’il aurait dû avoir, il eut des excuses murmurées rapidement, et des remords qui auraient dû être les siens, lui qui pensait encore qu’il n’aurait pas dû la lâcher. Et il a du mal à comprendre. Il a du mal à saisir ce qui a ainsi pu l’effrayer. Le perdre ? Avait-elle eu peur de le perdre au cours d’un voyage, un voyage qu’elle lui permettait de faire de par ses capacités ? Peur de le perdre comme il avait perdu bien des hommes ? Peur d’autre chose ? Quelque chose de plus douloureux ? De plus secret ? De plus amer ? Ce sont des questions qui vont hanter son esprit, longtemps, après ces retrouvailles.

-Tu es aussi cassé que moi Nemo… Deux jouets brisés par le temps et les éléments. Comme quoi… Une grande longévité n’est pas forcément un cadeau n’est-ce pas ? Je te propose d’avancer à nouveau ensemble. De se soutenir l’un l’autre afin de faire face à la vie. Faire face à tous ces êtres qui veulent nous annihiler. Je te propose une alliance. Qu’en penses-tu ? Veux-tu défier l’ordre naturel avec moi ? Comme autrefois… Ensemble face au reste du monde.

A ses mots, son regard se repose sur Mélusine, sur son cou, sa cicatrice, son horreur, son enfermement dont il semble être un des rare à connaître la clef. Finalement, sans même s'en rendre compte, la sirène continuera à lui rappeler quelle belle connerie il a faite en lui faisant ses adieux pitoyables. Il ne le dira pas, mais, elle risque un temps de hanter ses cauchemars les plus profonds, hurlant qu'il aurait dû la sauver avant qu'elle ne se fasse égorger ou presque par ce personnage malade dont il ignore le nom. Il arrive à se pourrir seul le capitaine, et rien que pour ça il devrait se faire une médaille en or massif, décorée de divers diamants trouvés dans les quatre coins du royaume enchanté… Oui ils étaient deux jouets brisés. Brisés par la vie, brisés par les hommes. Nemo, il ne pourra jamais affirmer haut et fort que la vie est belle. Il ne pourra jamais dire qu'il apprécie chaque instant comme si c'était le dernier, qu'il ne regrette rien et que forcément, le jour où il mourra ce sera la mécanique aérienne. Jamais ô grand jamais il ne pourra hurler à autrui qu'il est le plus heureux des hommes. Oui il était un jouet de l’univers. C'était ça, le problème du capitaine. C'était toujours ça, le problème, avec lui. Il ne comptait pas réellement en tant qu'individu, ou tellement rarement. C'était sa tête, qu'on voulait avant tout autre chose, c’était son esprit. C'était pourquoi il agissait à son propre compte, fatigué des manipulations, fatigué qu'on l'utilise comme objet de destruction ou de réflexion. Il s’était promis après avoir échappé à Circé qu’il contrôlerait son existence.

Et puis, il y avait ceux comme Mélusine. Il y avait ces perles rares qui le comprenait un peu et qui ne se cachait pas derrière les flatteries. Et ils étaient trop rares ceux qui le voyait ainsi avec toute la sincérité du monde. Il eut d’ailleurs un doux sourire. Comme autrefois, disait-elle. Eux contre le reste du monde. Étrangement, cette ambiance privée avait un drôle d'effet sur lui. Il avait l'impression qu'il n'avait plus eu l'occasion de subir ce genre de douceur depuis plus d'un siècle. Depuis son départ. Et ce n’est pas une métaphore. D’ailleurs il n’a pas pu la contredire sur le sujet. Oh non la longévité n’avait rien d’un cadeau. C’était une malédiction, une véritable malédiction qu’il avait porté chaque jour durant, essayant simplement de la rendre plus vivable en parcourant les mondes et les royaumes. Plus vivable en s’entourant de personnes admirables et qui il le savait seraient destinés à le quitter bien trop tôt. C’est un autre supplice qu’il s’inflige. C’est son fardeau. Un fardeau qu’elle connaît sans doute autant que lui.

-Je n’ai pas besoin de réfléchir pour savoir que tu auras toujours une place à mes côtés si tu le souhaites Mélusine. Le reste du monde quant à lui n’aura qu’à bien se tenir.

Il avait souri le plus sincèrement du monde. Sans s’attarder sur ce côté amoché, écorché, maltraité par la vie qu’ils partageaient. Il y avait un temps pour chaque chose et il avait compris ce que Mélusine lui demandait au fond derrière cette transition peu subtile, même pour lui. Après tout ils auront certainement les prochains siècles pour partager leurs peines et leurs blessures, autant que leurs joies. Même si cela fait longtemps que le capitaine ne s’est plus amusé à s'époumoner, à répéter à l'univers que oui il faut profiter de chaque instant. Lui, il préfère les choisir, et obliger tout son être entier à penser que les secondes deviennent heures, seulement quand il le décide, quand lui le veut. Exactement comme à cet instant où la sirène l’entraine jusqu’au fauteuil. Sans même se rendre compte vraiment qu’il ne lui avait pas lâché la main non plus. Par réflexe? Par envie? Une chose était certaine : ça ne le mettait pas mal à l’aise, bien au contraire. Parce que le long fleuve des années de naissance jusqu'à la mort était bien long, et si le destin ne laissait généralement pas le choix, il était possible néanmoins de le détourner d'une manière ou d'une autre. Du sang qui coule, des larmes qui perlent, un horizon qui devient subitement noir, oui ce sont des choses qui le hantent, mais au fond de son âme, on peut y croiser des fois des faibles flammes qui redonnent un tant soit peu de sens à ce royaume qui n'en a plus.

-Aller ne te fais pas prier mon p’tit, raconte-moi les fameuses aventures du capitaine Nemo, et peut être pourrons-nous envisager d’en faire un joli petit livre. Je veux rattraper tout ce temps perdu… Même si c’est impossible, je le souhaite de tout mon cœur.

Un rire franc et léger lui échappe alors qu’il lève son regard vers le sien. Comme quoi une petite douceur, un petit mot, un petit sourire pouvait faire des miracles sur le caractère d’un homme. Il avait noté son mouvement pour se tenir près de lui et il ne s’y était pas opposée, le jaugeant du coin de l’œil, songeant que ça ne lui était pas désagréable, parce qu’il était sans doute heureux de la voir ainsi.

-Les aventures du capitaine Nemo ? Il me semblait pourtant que tu les connaissais bien … après tout tu étais de chaque voyage. D’ailleurs j’ignorais que tu avais plaisir à écrire ?

Il l’interroge du regard, alors qu’il tente de s’offrir quelques secondes. Il faut dire que ce qu’il avait fait de son navire après leur séparation n’avait rien eu de beau, d’extraordinaire ou de magique. Ca n’avait même pas grand-chose d’aventures. Mais il comprend qu’elle puisse souhaiter rattraper le temps perdu. Comme pour effacer en partie toutes ces années de séparation. Alors il refait glisser sa main dans celle plus fine et plus fraiche de Mélusine, tandis qu’il prend le temps de réfléchir à tout ce qu’il a traversé, à tout ce qu’il a accompli alors qu’elle découvrait la terre. Il aimerait l’interroger plus aussi d’ailleurs, mais il hésite à ramener d’autres mauvais souvenirs. Enfin après un soupir il se décide finalement à raconter le détail de son passage à Arendelle. Après tout elle le lui avait demandé.

-Je t’ai dit que nous avions été piégé par la glace… c’était au cours d’une escale à terre. Je ne l’avais pas prévu à la base mais nous avons donc refait surface dans le port d’un royaume nommé Arendelle. Les machines étaient à peine stoppées quand l’océan s’est retrouvé changé en une gangue de glace si épaisse que nous ne pouvions espérer repartir. C’était la reine elle-même qui était parvenue à accomplir ce tour de force. Elle avait l’étrange capacité de maîtriser et de créer la glace et je commençais à craindre pour l’équipage quand nous convînmes finalement d’une rencontre.

Il regroupa ses souvenirs pas si lointains de ce repas tantôt glacial tantôt houleux qu’il avait partagé avec la reine, lui laissant échapper une mimique amusée quand il repense à ce qu’a dit Mélusine.

-En fait ce n’est pas du tout un tour à bord du Nautilus que je lui ai proposé… Pourtant sa jeune sœur aurait accepté sur le champ. Non à vrai dire je lui ai proposé de rester prisonnier avec le Nautilus aussi longtemps qu’elle le souhaitait si en contrepartie elle acceptait de laisser l’équipage libre de quitter son royaume saint et sauf…

Il se perd un instant de plus dans ses souvenirs, repensant a cette étrange reine. Cette reine qui si elle l’avait gardé prisonnière l’aurait empêché de faire le voyage jusque ici. Un voyage qu’il commence à accepter un peu mieux.

-Je suis heureux finalement d’avoir été emporté par cette tempête tu sais… Sans ça peut-être ne nous serions-nous pas retrouvés de sitôt.

Finalement lui aussi voulait désespérément rattraper le temps perdu.

-Parle-moi un peu de ta vie ici ? Comment est-ce … de vivre à terre ?






O Captain! My Captain! our fearful trip is done;The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won


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Piranha Cannibale
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Dim 5 Juin - 0:30

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Je secouais doucement la tête lorsque je l’entendis me dire que j’étais aussi capable de faire certaines choses. Non, ma surprise est tout à fait normale. Les sirènes ne sont pas reconnues pour leurs dons dans l’art ou autre. Oh bien sûr elles ont des voix magistrales, mais cela fait partit du personnage. Nous avions un niveau « créativité » a ras des pâquerettes, mais j’avais su cultiver cette petite étincelle d’imagination tout le long de ma vie. J’avais su faire grandir la flamme petit à petit.
Nous restons dans notre rôle de muse, mais tout ce que nous faisons, normalement, n’est qu’une pâle copie de ce que nous voyons. C’est du moins un peu comme cela que mon peuple se voit. Mais pour une sirène, j’ai eus un parcours assez particulier qui pourrait expliquer pourquoi je ne suis pas qu’une copieuse.
Un sourire amusé s’étira sur mon visage à cette pensée. J’avais jamais été trop acceptée par mes pairs. Certaines faisaient l’effort, d’autres non. Certaines de mes sœurs détestaient l’imperfection que je présentais à la face du monde.
Le plus étrange dans tout ça, c’est que je pouvais encore apercevoir la culpabilité dans le fond de son doux regard. Et que cette même culpabilité me dérangeait. Je fronçais les sourcils un instant. J’étais contrariée, je voulais chasser cette lueur, mais j’avais aucune baguette a la main pour pouvoir agir ainsi, et je savais très bien qu’aucun mot ne ferait en sorte qu’il accepte de rejeter cette culpabilité.

-Parce que si les enfants pouvaient apprendre à devenir adulte simplement en écoutant leurs ainés alors ils n’auraient pas besoin de tomber pour mieux se relever après tu ne crois pas ? Et j’ai parfois l’impression de ne jamais cesser d’apprendre alors…


Un sourire accueillit sa remarque. Un sourire emplit de tristesse, mais ces paroles n’avaient pas fait naître qu’un sourire pitoyable sur mon visage enfantin. Non… Il n’y avait pas que ça. Je croisais le regard du marin. Ce dernier brillait d’une infime lueur d’espoir. Un espoir fou de pouvoir traverser la tempête, de s’en sortir finalement.

« Je suis d’accord avec toi, je pense que nous ne devenons jamais vraiment adultes … On chute et on se relève, jusqu’à ce que nous ne puissions plus. Certains ont justes plus de force que d’autres, ou des choix moins durs. »


Oui la vie était inégale. Je l’avais appris sur terre. En mer chacun avait ses chances, du moins était-ce comme cela en compagnie des créatures sous-marines. Sur terre, celui qui naissait avec une cuillère en argent dans la bouche vivait mieux. Mais il n’en était pas moins plus heureux. J’ai côtoyé des gens simples dont le seul plaisir était de se retrouver avec leurs familles, même s’ils étaient sans le sous. Pour d’autres, la vie était malheureuse, même si l’on possédait une grande demeure et des richesses incommensurables. Et moi… étais-je une éternelle insatisfaite ? Non… Je savais me parfaire dans un bonheur assez simpliste, presque idiot. De toute façon le monde aurait sans doute été meilleur s’il avait été peuplé par des personnes au cœur simples. Des personnes se satisfaisant de ce qu’ils ont. Mais c’était le propre de l’homme de rêver, et chaque médaille a deux faces. Lorsqu’on rêve, on peut jalouser. Et c’est là le plus dangereux de tous les concepts de ce monde. Et même une sirène un peu idiote peut être victime de la jalousie. La perfection n’existe pas dans la nature. La perfection est la pire laideur qu’on peut inventer. Elle n’est pas réelle, elle est concept. En réalité, la perfection est un idéale nous dictant notre conduite. J’essayais de faire de l’humour, qui tomba à l’eau a la vue de la réaction de ce cher capitaine. Je souris avec douceur, avant de parler d’une voix très douce. Ce timbre de voix, je ne l’utilisais qu’avec très peu de gens. Ils se comptaient sans aucun doute sur les doigts d’une main.

« C’était une boutade Nate, ne t’en fait pas, j’avais bien compris que ce n’était pas ton dessein. »


En fait la limite entre l’humour et le sérieux était bien trop fine a ce moment précis. Je ne voulais pas l’embarrasser, lui faire peur. Mais j’avais tout de même l’impression d’avoir fait une bêtise, alors je tentais de ma racheter comme je le pouvais, à coup de miel !

-Ce que j’essaye de dire c’est … Tu sais parfois quand je retourne à terre j’ai l'impression d'appartenir à un tout autre monde. Un monde qui n'est pas le mien et que je regrette, à l'occasion. Un monde que j’ai rejeté, entièrement, depuis toujours, ou presque… Alors je comprends que tu ais pu renier l’océan et que tu puisses envier les hommes. Je comprends que tu ais choisi cette aventure.

Je regardais a nouveau ce hublot, me perdant dans le décor purement maritime. Oh oui… Un jour j’avais ressentis la même chose que lui. Un brin de mon âme entrait en résonance avec ce qu’il disait. Je posais une main à l’endroit où battait mon petit palpitant.

« Je n’ai jamais rejeté mère. C’est ses filles qui ne voulaient pas de moi. Mais ensuite, quand j’ai vu l’accueil qui m’a été fait à mon retour, je n’y suis plus retournée. Pourtant… Je sais que j’en ai besoin pour être sereine. J’ai besoin de m’accrocher à cet océan. »

Le regret tortillait mes entrailles. Pourquoi j’étais partie sur terre ? Pourquoi ? Pour m’attirer les foudres du reste du monde ? Pour avoir une cible dans le dos ?! Enfin la cible avait été bien canardée. Comme le disait plus tôt le jeune homme, il fallait chuter pour apprendre de ses erreurs, tomber. Et pourtant, malgré toutes ces chutes, je n’avais toujours pas investi dans une paire de genouillères. En fait mon plus gros problème était que je ne tirais jamais aucune leçon des situations de ma vie. J’étais toujours la petite effrontée, la petite téméraire qui fonçait sans regarder où elle allait. Et je serais toujours la même, lorsqu’on me mettra entre quat’planches.

-Ca n’est pas aussi simple Mélusine... Car même si je regrette, il y a des jours ou c’est encore la colère qui gagne et qui l’emporte sur la raison. Trop souvent…


Il s’agrippe à ma main, et je pose la deuxième par-dessus, enveloppant sa main dans la mienne. Secouant doucement la tête. J’étais calme, à l’aise avec ce que je pensais. J’étais en accord avec moi-même. C’était assez rare pour être notifié. Nemo, pour moi, n’était pas un monstre, et ne le serait jamais.

« Pour moi… Tu resteras celui que tu as toujours été, peu importe ce que tu feras. Je serais toujours là pour toi, même si le reste du monde t’en veut, moi je serais de ton côté, parce que… C’est ça l’amitié n’est-ce pas ? C’est accepter l’autre, peu importe ce qu’il a fait ou fera, parce que on connait ses défauts comme ses qualités. »

Je lui avais fait ma folle proposition, mon plan sur la comète. Celle de nous deux face au monde… Celle d’un avenir meilleur. Je voulais y croire… Oui je voulais m’y accrocher. C’était quelque chose qui me tenais à cœur. Je voulais me relever, je voulais être la même tempête qu’autrefois… Et je savais que Nemo pouvait m’aider. Il pourrait rajouter une couche à cette armure qui s’est fissurée, trouée depuis longtemps. Oui… Un petit quelque chose qui serait capable de m’aider à me relever, à braver à nouveau les flots la tête haute, affronter le regard du reste du monde. Cette vivacité chaleureuse s’emparait de moi petit à petit.

-Je n’ai pas besoin de réfléchir pour savoir que tu auras toujours une place à mes côtés si tu le souhaites Mélusine. Le reste du monde quant à lui n’aura qu’à bien se tenir.


Un éclat de rire cristallin se répercute comme de la joie liquide entre les parois du vaisseau d’acier alors que je lui lançais un regard pétillant de bonne humeur. Le seul reste qui rappelait que j’avais pleuré un peu plus tôt était sans doute ces yeux un peu gonflés et rouge. Je lui demande ensuite de me raconter ses histoires, collée à lui, j’ai besoin de cette proximité pour me sentie bien et en sécurité. Nous en venons à parles des fameuses aventures du capitaine Nemo, un bon titre de livre, n’est-ce pas ?

« Mon cher, je suis une lectrice appliquée depuis que tu m’as appris a lire. Et j’avoue avoir écrit quelques petits textes, mon médecin dit que ça fait du bien. Mais un jour nous écrirons notre histoire pour nous souvenir du bon vieux temps, ce sera amusant.»


Puis vient la fameuse histoire, je l’écoute avec attention me la raconter. Je l’écoute m’emmener ailleurs, à des lieux d’ici, dans un autre monde bien plus intrigant. Où la surprise est au rendez-vous. Bien loin de ma vie de tatoueuse où je ne peux rien faire d’autre que ressasser les vieilles histoires. Les histoires douloureuses.

-Je t’ai dit que nous avions été piégé par la glace… c’était au cours d’une escale à terre. Je ne l’avais pas prévu à la base mais nous avons donc refait surface dans le port d’un royaume nommé Arendelle. Les machines étaient à peine stoppées quand l’océan s’est retrouvé changé en une gangue de glace si épaisse que nous ne pouvions espérer repartir. C’était la reine elle-même qui était parvenue à accomplir ce tour de force. Elle avait l’étrange capacité de maîtriser et de créer la glace et je commençais à craindre pour l’équipage quand nous convînmes finalement d’une rencontre. En fait ce n’est pas du tout un tour à bord du Nautilus que je lui ai proposé… Pourtant sa jeune sœur aurait accepté sur le champ. Non à vrai dire je lui ai proposé de rester prisonnier avec le Nautilus aussi longtemps qu’elle le souhaitait si en contrepartie elle acceptait de laisser l’équipage libre de quitter son royaume saint et sauf…


Une bien belle histoire a raconter. Il y avait tous les éléments pour faire rêver les plus petits. Un royaume lointain et inconnu, un soupçon de magie, et assez de péripéties pour rendre le tout agréable à écouter. Une belle aventure comme je n’en avais pas entendu depuis longtemps. Mais je n’étais pas en reste non plus. J’avais moi aussi vu des tas de choses.

« Et combien de temps es-tu donc resté dans ce royaume inconnu ? Enfin… J’imagine que tout s’est bien terminé pour toi étant donné que tu es là devant moi, en chair et en os. »

Il m’exprima son plaisir d’avoir été emporté par une tempête, et ces quelques mots me firent chaud au cœur. Je penchais néanmoins la tête, soucieuse.

« Ton navire n’a pas trop souffert de cette fameuse tempête ? Mais tu as raison… Il aurait été dur de se retrouver piégés dans deux mondes différents… Tu m’as manqué. »


C’était des mots simples, et pourtant, que je n’avais pas encore vraiment prononcé. On ne se rend compte de ce que l’on a perdu que lorsqu’on le retrouve, bien des années plus tard, et qu’on se rende compte a quel point on est changé en sa présence. Il me posa ensuite quelques questions sur mon quotidien ici.

« Oh… Ici c’est beaucoup moins palpitant. Je mène ma petite vie. Je gère un petit salon de tatouage en centre ville. Mais j’ai pas énormément de clients. Je vis juste au-dessus de la boutique dans un petit appartement. C’est quelque chose de plus petit qu’une maison, constitué de plusieurs pièces. Moi j’ai trois pièces. C’est mon petit chez moi. Quand je travaille pas, je me dépense, je fais du yoga, de la course… ça me détend. Quand je sors, c’est souvent pour me ravitailler, aller me chercher un cappuccino dans un café, ou boire un verre avec un ami. J’ai pas beaucoup d’amis en fait… J’ai peur des gens maintenant, mais bon, je suis pas malheureuse non plus. Je vais aussi voir un docteur parfois… »


Je me stoppais net dans ma phrase. J’allais pas dire a mon ami que j’étais suivie par un docteur de la tête non ? J’allais pas lui dire que j’étais folle. Il allait partir, j’en étais sûre… Cette angoisse revient au galop. Mais je ne pouvais pas fuir, je ne pouvais pas mentir.

« Ce type m’aide a surmonter mes problèmes par rapport a ce que j’ai vécu. Je suis un peu dysfonctionnelle. Paranoïaque, et traumatisée. Mais je vais bien quand même… Je t’assure ! Je vis ma petite vie, c’est une petite routine. »


Et depuis quand je me complaisais dans mon quotidien ennuyeux ? Je n’en savais rien… Mais j’avais du mal a l’assumer tout à fait.


...



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Mar 14 Juin - 0:56



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Victoria O'Donnel & Nemo



C’était une compréhension mutuelle qui les liait. Une entente équivoque qu’ils partageaient là, seuls face à la mer, dans le silence feutré de cette pièce qui les berçait seulement du roulis des vagues contre l’acier. Ils partageaient cet instant comme ils avaient partagés maintes aventures, maintes histoires, au point qu’ils devaient certainement se connaitre presque par cœur l’un et l’autre. Il n’y avait pas besoin de plus de gestes ou de plus de mots pour partager ce qu’ils ressentaient. Les mots n’étaient là que pour compléter l’histoire de l’un et de l’autre. Mais quoi de plus normal pour deux êtres qui avaient traversé les siècles côte à côte ? Deux êtres pour qui la vie s’était souvent montrée injuste et bien cruelle, jouant avec eux comme bon lui semblait. Mais ces tempêtes étaient derrière eux désormais, ils les avaient bravés et ils avaient survécu au point qu’aujourd’hui ils auraient surement presque pu en rire. Le rire, il aurait sans doute était le bienvenu après les larmes, après les peurs et les regrets. Mais il faut croire que le capitaine était trop terre à terre dans ces instants pour qu’il puisse en rire au lieu de s’affoler. A croire qu’il craignait encore que la douce sirène ne s’évapore tel un rêve. Pourtant il savait bien que non. Il avait après tout pu la serrer contre son cœur et sentir ses larmes rouler. Mais sa présence mettait un tel baume de douceur sur ses plaies qu’il n’arrivait pas à croire totalement à sa chance de l’avoir retrouvé. Au point de le laisser bien peu malin quand la compréhension se fit.

-Oh…

Il se sent stupide sur l’instant. Étrangement, cette ambiance privée avait un drôle d'effet sur lui. Comme une illusion, comme un rêve, comme un avenir à deux qui doucement se profile, mais qui n'a pas encore pris sa place.

-Je n’ai jamais rejeté mère. C’est ses filles qui ne voulaient pas de moi. Mais ensuite, quand j’ai vu l’accueil qui m’a été fait à mon retour, je n’y suis plus retournée. Pourtant… Je sais que j’en ai besoin pour être sereine. J’ai besoin de m’accrocher à cet océan.

A ces mots il inspire profondément avant de lâcher dans un soupir désabusé.

-Je crois bien que toi et moi ne sommes définitivement pas faits pour la terre ferme.

Mais au moins, eux, ils peuvent se vanter de se sentir entier. Oui Nemo il sait qu'il est là où il doit être et pas ailleurs. Et sans nul doute que la place de Mélusine est bien plus liée à la mer qu’à la terre. La terre ça manque de charme, alors que l'océan c'est comme un rêve éveillé. Il n’est pas naïf le capitaine, à vrai dire il ne peut plus se payer ce luxe depuis longtemps. Il y avait des gens qui étaient destinés à se tenir au sommet depuis leur naissance, tout ce qu'on exigeait d'eux, c'était de fournir assez d'efforts pour se maintenir dans leur position, au lieu de dégringoler tout en bas, en gâchant leur potentiel… Et il y avait des personnes comme eux. Des personnes qui étaient nées en bas de l'échelle, des personnes qui n'avaient pas bénéficié d'un ascenseur, des personnes forcées d'escalader une pente perpétuellement glissante si elles voulaient s'élever ... Si le monde avait offert une fortune infinie à certains nés sur terre, de leur côté, ils ne pouvaient rien exiger sans l'avoir payé à la sueur de leur front. Quoiqu'il puisse dire ou faire, Nemo ne pourrait jamais changer les règles de ce jeu, un jeu qui n'attribuait pas la même mise de départ à tous les joueurs. Il avait eu le choix. Le choix de se contenter du peu qu'il avait reçu, ou combler la différence, en n'ajoutant rien d'autre que sa détermination dans la balance, une détermination qui devrait se maintenir pendant des années, si ce n'est jusqu'à la fin de sa vie, c'était le seul choix qu'on lui avait laissé ... De ce point de vue l’océan était différent et c’était finalement lui qu’il avait choisi.

-Pour moi… Tu resteras celui que tu as toujours été, peu importe ce que tu feras. Je serais toujours là pour toi, même si le reste du monde t’en veut, moi je serais de ton côté, parce que… C’est ça l’amitié n’est-ce pas ? C’est accepter l’autre, peu importe ce qu’il a fait ou fera, parce que on connait ses défauts comme ses qualités.

Un frisson lui traverse l'échine alors qu’une seconde main réconfortante se pose sur la sienne tandis qu’il ferme ses paupières délicatement tout en écoutant le bruit des vagues. Il pense sans penser, comme si un néant s'emparait de ses idées, il sait plus trop où se diriger, s'étalant sur les derniers évènements ayant eu lieu dans son existence probablement trop grotesque. Heureusement il y a Mélusine. Sa seule présence parvenait à lui faire du bien, elle l'apaise là où personne ne saurait mettre un baume réparateur sur les maux qui continuent de saigner son palpitant à vif. Trop songeur, trop ailleurs, il souhaiterait plus que tout au monde que le présent soit beaucoup plus simple.

Simple comme quand ils voyageaient ensemble sans se soucier du lendemain, ni de là où leur route les mènerait. Alors non il n’a pas besoin de réfléchir, pas besoin de se poser la question de savoir si oui ou non ils pouvaient repartir comme avant. Parce que Mélusine elle aura toujours cette place particulière quoi qu’il advienne ou quelques soient les épreuves que le temps pouvaient mettre sur leurs chemins. C’est cette bulle de bonheur et de joie qui les entoure à cet instant alors que le rire cristallin de la sirène surgit spontanément. Et ça le fait sourire bien plus que la simple idée de repartir en mer. Ca le rassurait de la voir ainsi. Il était temps de laisser les larmes et les peines derrière eux pour le moment pour mieux se concentrer sur l’avenir.

-Mon cher, je suis une lectrice appliquée depuis que tu m’as appris à lire. Et j’avoue avoir écrit quelques petits textes, mon médecin dit que ça fait du bien. Mais un jour nous écrirons notre histoire pour nous souvenir du bon vieux temps, ce sera amusant.

Il plisse un peu du nez, le temps d’une seconde, se demandant un instant avec inquiétude quel genre de problèmes pouvaient la pousser à visiter un médecin. Mais tout de suite il chasse l’émotion de son visage ne souhaitant pas lui laisser voir son trouble, affichant son sourire doux à l’idée d’écrire leurs histoires. Une activité qu’il lui laissera avec plaisir. Nemo n’est pas un conteur, encore moins un écrivain et il ne se voit pas dans ce rôle il faut bien l’avouer. En revanche il ne dirait pas non à l’occasion de jeter un œil sur les textes de son amie. Ce serait un peu comme une nouvelle aventure. Et puis, il sait bien que Mélusine a toujours été une élève appliquée et curieuse, alors ça ne l’étonne pas vraiment qu’elle ait fini par s’essayer à quelque chose de nouveau. Et puisqu’un jour elle compte glisser les aventures de Nemo par écrit, il se doit bien de lui conter ses nouvelles avec assiduité. D’ailleurs il la rassure bien vite quant au temps qu’il a passé coincé dans la glace à Arendelle.

-Au final nous ne sommes resté là-bas que quelques semaines. La reine a refusé mon offre et a finalement accepté de nous laisser partir… donc oui les choses se sont bien terminés.

Elles s’étaient même bien mieux terminé que ce qu’il avait imaginé compte tenu du départ houleux qu’avait pris la rencontre et ensuite les discussions. Mais la voix douce de la jeune femme le tire de ses pensées.

-Ton navire n’a pas trop souffert de cette fameuse tempête ? Mais tu as raison… Il aurait été dur de se retrouver piégés dans deux mondes différents… Tu m’as manqué.

-Le Nautilus a subi quelques avaries suite à la tempête en effet, mais toutes les réparations nécessaires ont été faite ne t’en fais pas… il n’est pas si facile à abattre.

Tout comme eux deux. Après tout ils sont encore là, debout, malgré la séparation, malgré leurs voyages et leurs erreurs respectives. Et il comprend parfaitement le sentiment exprimé dans ces derniers mots. Il les ressent lui-même.

-Oh… Ici c’est beaucoup moins palpitant. Je mène ma petite vie. Je gère un petit salon de tatouage en centre ville. Mais j’ai pas énormément de clients. Je vis juste au-dessus de la boutique dans un petit appartement. C’est quelque chose de plus petit qu’une maison, constitué de plusieurs pièces. Moi j’ai trois pièces. C’est mon petit chez moi. Quand je travaille pas, je me dépense, je fais du yoga, de la course… ça me détend. Quand je sors, c’est souvent pour me ravitailler, aller me chercher un cappuccino dans un café, ou boire un verre avec un ami. J’ai pas beaucoup d’amis en fait… J’ai peur des gens maintenant, mais bon, je suis pas malheureuse non plus. Je vais aussi voir un docteur parfois…

Il l’écoute avec attention raconter son histoire qu’elle fait vivre avec emphase. C’est vrai ça ne semble pas aussi impressionnant que de se confronter à une mer de glace, a des tempêtes ou a toute une faune aquatique, mais pour lui qui ne connait pas beaucoup des mots qu’elle emploi ça à quand même ce petit quelque chose de piquant et d’incroyable. C’était d’ailleurs amusant de voir à quel point leur vie était désormais devenue opposées depuis leur séparation tout en poursuivant les mêmes buts. Ils avaient tous deux cette soif infinie d’aventure, tout en cherchant la normalité. Nemo avait donc fait de l’aventure sa normalité alors que Mélusine semblait avoir fait de la normalité une aventure sur laquelle elle glissait chaque jour, souriante ou presque.

La peur des gens. Difficile de ne pas le concevoir, le poussant à refermer la prise de ses doigts sur ceux de son amie, rassurant. Il voit la détresse passer un instant dans son regard alors qu’elle s’interrompt brusquement. Il savait bien que cette histoire de médecin avait son importance et n’était pas à considérer à la légère. Mais il ne dit rien, attendant avec patience de voir si elle s’explique ou si elle préfère changer de sujet. Il se lève de son fauteuil, faisant quelques pas pour lui faire complètement face alors qu’elle se confie sur les tourments qui la rongent encore. Il serre même ses deux mains fines dans les siennes, passant doucement son pouce sur le dos de ces dernières alors qu’il murmure doucement.

-Hey rassures-toi… Je sais ce que c’est que d’être confronté à ce genre de situation tu sais… mieux que tu ne le penses sans doute. Et je sais qu’il n’est pas facile de garder sa conscience intacte. Tu ne méritais pas ça, tu ne l’as même jamais mérité…

Plongeant ses iris dans les deux orbes lilas, il sourit de toute cette douceur et de toute cette chaleur qu’il peut ressentir à son égard avant de la tirer vers lui et de la pousser à se lever à son tour.

-Ta vie ici est vraiment surprenante, je dois l’avouer … d’ailleurs je dois avouer ne pas comprendre la moitié des choses dont tu m’as parlé, ça m’intrigue. J’ai hâte de voir toutes ces choses. Je ne doute pas que ce sera une aventure formidable.

Il marque une pause à son tour, hésitant le temps d’une seconde, son palpitant malmené par les siècles cognant presque plus fort alors que les souvenirs se mêlent au présent. Et finalement il se décide, gardant toujours une de ses mains dans la sienne pour mieux l’entrainer à sa suite.

-Viens, suis-moi.

Quittant le salon, laissant derrière eux les fauteuils confortables, il l’amène jusqu’à la timonerie, la lâchant finalement pour déverrouiller l’écoutille supérieur pour pouvoir accéder au pont extérieur. Il grimpe l’échelle, l’invitant à la suivre pour enfin poser pied sur les tôles d’aciers blanc qui s’étendent fièrement sur plusieurs mètres avant de former l’éperon renforcer qui lui a servi à trouer la coque de tant de navire de la marine. La surface n’est pas très large, huit mètres tout au plus mais le capitaine est habitué à marcher sur ce pont. Il choisit finalement de s’asseoir, face à l’océan, tournant le dos au port, attendant que la sirène le rejoigne pour profiter de la vue et respirer à pleins poumons les embruns marins.

-Je veux tu saches qu’à partir de maintenant, je serais toujours là, je ne te laisserais plus Mélusine. Alors quoi qu’il t’arrive je serais là, aussi longtemps que tu voudras de moi.

C’est une promesse qu’il lui fait, celle de ne plus jamais la laisser tomber. Après tout il faut bien ça si ils doivent affronter le reste du monde. Et même si elle choisit de ne plus jamais le revoir un jour, il se promet qu’il continuera de veiller dans l’ombre.

-Tatoueuse alors ? Je comprends mieux que tu sois devenue une toile vivante...

Il plaisante d'un rire doux, léger et taquin. Elle doit d'ailleurs bien être une des rares à pouvoir se vanter de l'avoir vu ainsi.

-Mais c'est une bonne chose... que tu ais pu compter sur quelques personnes, même si elle ne sont pas nombreuse. Ce n'est pas ça l'important.







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Jeu 16 Juin - 23:42

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Il semble tout penaud, suite à sa mauvaise interprétation de l’humour bancale dont je fais preuve. Adepte de l’ironie, je ne m’en offusquais pas, lui offrant un sourire doux. Cela arrivait à tout le monde. Je trouvais cette réaction attachante. La réelle panique qu’il avait ressenti prouvait qu’il tenait à moi.

-Je crois bien que toi et moi ne sommes définitivement pas faits pour la terre ferme.


Un rire amusé franchit le barrage de mes lèvres. Je ne pouvais pas être en désaccord avec ce qu’il venait de dire. La terre ferme m’avait apporté que douleur et regret, et pourtant… J’y étais invariablement attirée. Pouvais-je me passer de cela ? Mon petit doigt me disais que si lui était là, à mes côtés, je pouvais très bien délaisser cet univers. Les deux mains entourant la sienne, ce moment de proximité me rend sereine. Je ferme doucement les yeux, savourant ce moment où ma tête n’est pas tempête. Nous discutons de tout et de rien… Et cette conversation en somme toute banale me fait du bien. Elle me fait bien plus de bien que toutes autres discussions auprès du docteur. Bien plus que toutes ces séances. Le torrent de peur et de folie s’apaise petit à petit, redevenant une mer calme. Je redeviens capable de réfléchir. De penser par moi-même. Il me parle à nouveau de sa périlleuse aventure dans les glaces d’un royaume lointain. Quelques semaines… Ce n’est pas rien, mais je suis heureuse de savoir qu’il s’en est sorti sans encombre.

« C’est bien les « happy ending » , ça fait du bien de temps en temps. »

Nous parlons ensuite de son navire. Durant la visite je ne l’ai pas trouvé abîmé mais une tempête pouvait faire des ravages, le cœur de l’océan pouvait être cruel. Et j’étais bien placée pour le savoir, puisque de base, je vivais dans ce lieu pouvant être à la fois bon et cruel. L’océan était d’une neutralité sans bornes, soit le navire flottait, soit ils venaient nourrir le lit de la mer comme tant d’autres avant eux. Le marin m’expliqua alors que toutes les réparations avaient été faites.

« Je n’en ai jamais douté, mais tu sais bien comme je suis anxieuse de tout, et de rien. »


La suite porta sur mon quotidien mortellement ennuyant. Néanmoins, mon cœur s’alluma d’un plaisir sans faille quand je vis au fond de son regard un profond intérêt pour quelque chose d’incroyablement banal. Je m’étais enfermée dans cette banalité. Est-ce que j’étais mécontente de ma vie ? Bien sûr que non. J’avais trouvé une base. Quelque chose à quoi m’accrocher, et pourtant, non, ce n’était absolument pas répétitif, j’étais maîtresse de ma destinée.

Il n’y a pas plus grande difficulté que d’avouer à ses proches les tempêtes et les troubles qu’on traverse. Et pourtant… Pourtant, j’avais osé. Je lui avais tout raconté, j’avais déballé mes secrets les plus honteux. Et il était toujours là, près de moi. Je laissais tomber ma tête sur son épaule, poussant un petit soupir alors que je sentais ses mains entourer les miennes dans un geste protecteur. Ho j’avais honte de tout ça et j’avais beaucoup de mal à en parler, mais pourtant, je lui faisais toute confiance, je savais que je pourrais tout lui raconter.

-Hey rassures-toi… Je sais ce que c’est que d’être confronté à ce genre de situation tu sais… mieux que tu ne le penses sans doute. Et je sais qu’il n’est pas facile de garder sa conscience intacte. Tu ne méritais pas ça, tu ne l’as même jamais mérité…


Nos regards se croisent, et un sourire identique au sien se fond sur mon doux visage. Je lui réponds du tac au tac.

« En effet, et je suis consciente d’avoir besoin d’aide… Mais tu sais, il n’empêche que consulter ce type de docteur n’est pas très bien vu par la société. Les problèmes de la tête… On les cache, on les montre pas. »

Il se redresse et tire sur ma main, je le rejoins donc, debout. Là, je comprends alors que je vais avoir la possibilité de lui faire découvrir mon petit univers, mon quotidien, et c’est comme si mon monde à moi prenait une toute nouvelle dimension. Une dimension de petit paradis caché à faire découvrir à l’autre. Ma main se réchauffe progressivement dans la sienne. Il me propose de le suivre, et la curiosité illumine mes yeux, les faisant briller d’un éclat enfantin. Un sourire doux répond à sa proposition.

« Jusqu’au bout du monde s’il le faut… »


Je le suivais dans le dédale de son grand navire, d’un pas mi- marchant mi- sautillant, la bonne humeur et la joie semblait s’envoler de moi. J’aurais pus, j’aurais sans doute fait quelques cabrioles. Il ouvre une écoutille et grimpe à une échelle, là, je sens l’air frai et les effluves de mer d’ici. Docile, je lui emboite le pas, grimpant moi aussi à l’échelle avec une certaine agilité, avant de m’assoir à ses côtés, observant le ciel et la mer. D’ici tout semble beaucoup plus beau, beaucoup plus paisible. Je me perds dans cette contemplation, silencieuse. Je crois que j’avais trouvé le nouvel endroit que je préférais sur ce navire. Cet endroit était reposant, apaisant. J’inspirais, laissant l’air frai pénétrer dans mes poumons.

-Je veux tu saches qu’à partir de maintenant, je serais toujours là, je ne te laisserais plus Mélusine. Alors quoi qu’il t’arrive je serais là, aussi longtemps que tu voudras de moi.


Une nouvelle fois, je serre sa main dans la mienne, noue mes doigts aux siens. Sourire… j’ai l’impression de réapprendre le sens de ce mot avec lui. D’apprendre à nouveau à vivre, avec une autre vue, un autre regard.

« Marché conclus, en échange, je serais ton garde-fou. Mais je doute que le jour où « je ne voudrais plus de toi » arrive avant la saint glinglin. »

Il me charrie ensuite, taquin, évoquant ma métamorphose en petit dessin ambulant. Je baisse les yeux vers mes nombreux tatouages, avant de me contorsionner pour lui montrer l’un d’entre eux.

« Ouais je suis la tatoueuse de cette ville, et la seule. Tu les trouves pas beaux ? Regarde, celui-là, je l’ai fait récemment en pensant à toi. »


Il représentait un livre ouvert duquel s’échappait un petit sous-marin jaune. Je l’avais fait tatoué sur les côtes de mon flanc gauche. Mon haut était large et laissait voir un bout de ce dernier, je dus néanmoins baisser légèrement ma brassière pour qu’il puisse le voir dans sa globalité. Le livre représentait la connaissance qu'il m'avait apporté, mais aussi les nombreuses aventures que j'avais vécu à cette époque. Et il ne me semblais pas avoir à faire de descriptions concernant l'autre élément.

« Je te montrerais tous les autres une prochaine fois si tu veux. Je ne suis pas capable de bien exprimer ce que je suis, ce que j’ai vécu, mais… Ces dessins, ce sont des moyens pour moi de me dévoiler au reste du monde. Il faut juste avoir le bon trousseau de clef pour tout comprendre. »


Je rebondissais ensuite sur son autre réplique, hochant la tête.

« Je suis bien incapable, de toute façon, de me sentir à l’aise entourée de trop de mondes. Je finis forcément par être mal à l’aise, voir particulièrement mise à mal par les autres. Un petit cercle de connaissance me convient tout à fait. La preuve… Je ne me suis pas fait une liste incroyable d’amis depuis que nos chemins se sont séparés. »



...



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Mar 28 Juin - 20:21



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La terre ne lui va pas. La terre n'est pas faite pour Nemo. Ou du moins pas à trop long terme. Quand bien même cette dernière l’a vue naître contrairement à Mélusine, il sait qu’il est un homme au sang mêlé de sel et qui ne reconnaît d’autre loi que celle de la liberté. Et si il continu toujours de mettre le pied à terre, il s’est rendu compte qu’il n’y est plus vraiment habitué. La mer s’est un engagement. Un engagement que quelques hommes étaient parfois prêts à suivre, rejoignant l’équipage du Nautilus.  Oui Nemo appartenait à l’océan bien plus qu’à ces bouts de terres où il posait parfois pied. Ainsi le Nautilus était son refuge, sa maison, sa famille. La terre elle, était l’épine dans le pied difficile à enlever, le mauvais membre de la famille à qui il fallait parfois rendre visite. Là où les autres marins à bord trépignaient parfois de joies en débarquant, lui gardait toujours une sorte de réserve, une armure qui lui donnait cette réputation de capitaine droit et souvent implacable.

Une apparence bien différente de celle qu’il a en présence de la sirène. Surtout après ces longs instants à avoir chacun leur tour combler les blancs de leurs histoires entre leur séparation et leurs retrouvailles. Et recroiser Mélusine c’est certainement le meilleur happy ending possible pour le capitaine. Ca le change de toutes ses folies, de toutes ses erreurs. Ca ne semble pas être grand-chose pourtant, mais il est bien placé pour savoir que si certains instants pouvaient rester des songes dérisoires, alors le monde tournerait rond. Mais dans un recueil entier de mille et un contes de fées, où la magie s’éveille à chaque souffle, au moindre pas, rien n’est insignifiant. Alors il compte bien profiter de ces retrouvailles et de chaque instant, de chaque opportunité qui se présentera à lui dans cette étrange cité.

-Je n’en ai jamais douté, mais tu sais bien comme je suis anxieuse de tout, et de rien.

C’est à son tour de laisser échapper un rire amusé. Oh oui il se souvient. Surtout que son inquiétude est bien plus justifiée qu’il le laisse entendre. Après tout lui aussi a craint que cette tempête ait fait subir de grave dommage à son navire. Et c’est bien pour ça qu’il n’a pas pris le moindre risque en organisant une nouvelle plongée tant qu’il n’avait pas personnellement inspecté le Nautilus. Mais par chance ou par mûre intelligence, le navire avait été conçu par son capitaine pour résister tel un seul bloc, conçu comme un fin joyau autant que comme un diamant brut. Le capitaine n’a après tout jamais cessé de le perfectionner depuis qu’il a pu quitter l’île de la sombre magicienne. De navire de bois, il était ainsi devenu très rapidement navire d’acier.

Cependant, puisque la vie de Mélusine est désormais sur terre alors le capitaine a quand même hâte qu’elle lui fasse découvrir son quotidien. Après tout quel genre d’ami aurait-il été s’il n’avait pas été un peu curieux d’en découvrir plus sur sa nouvelle vie. Elle avait laissé sa tête reposer sur l'épaule du marin. Marin qui sourit à son tour. Ils avaient réussi à réduire à néant la distance qui les séparait, et même s'il savait que cela ne durerait qu'un cours instant, cet instant semblait se prolonger au point de ne jamais pouvoir s'achever ... Et si Nemo avait craint plus tôt de révéler à la sirène la sombre facette qui l’habitait, la jeune femme, elle, semblait craindre de lui avouer les répercussions qu’avaient eu sur elle les embûches qu’elle avait connu. Elle semblait craindre son regard comme lui avait craint le sien quelques instants plus tôt. Mais rien ne saurait faire changer la profonde affection que le capitaine avait à l’égard de la sirène, ça il en était certain et il tentait bien de lui faire comprendre.

-En effet, et je suis consciente d’avoir besoin d’aide… Mais tu sais, il n’empêche que consulter ce type de docteur n’est pas très bien vu par la société. Les problèmes de la tête… On les cache, on les montre pas.

Un soupir désabusé et amer franchit ses lèvres en songeant à toutes ses raisons qui lui ont fait rompre avec le monde dit civilisé. Ce monde qui lui a tout arraché et qui semble prêt à faire de même avec son amie. Oh il admettait que le monde entier n’était pas responsable, mais il était dans la nature humaine de faire retomber la faute sur quelqu’un.

-On dirait bien que quel que soit le monde, la société reste la même. Une société qui me conforte dans l’idée de rompre tout lien avec elle…

Qu’est-ce qu’elle croyait cette société ? Que Mélusine devait taire ses souffrances et son passé ? Mais c’était justement ça qui rendait ce flux d’horreurs impossible à gérer, laissant petit à petit la personne concernée mourir d’une peine qui continuait de grandir. Car la douleur était là vicieuse à se glisser dans les crevasses les plus petites du corps, à attaquer le cœur morceaux par morceaux, et c'est cela que Nemo voit avec exactitude dans le regard de son amie. Et c’est cela qui le pousse à l’amener à un endroit bien précis du sous-marin blanc.

Le pont extérieur, c’est un endroit où Nemo vient aussi souvent qu’il le peut. Souvent pour réfléchir. Il a toujours trouvé quelque chose de reposant à ce lieux, entre le ciel et la mer. Car ici ils sont un peu au sommet du monde, culminant à plus de dix mètres au-dessus des vagues qui viennent s’écraser contre la coque, le vide presque sous leurs pieds. Il sourit d’ailleurs comme le pire des gamins alors qu’ils se font cette promesse mutuelle. Il rit même de ces drôles d’expressions qu’elle semblait avoir acquis dans ce monde et dont il ne comprenait pas tout à fait le sens. Alors il la taquine à sa façon.

-Ouais je suis la tatoueuse de cette ville, et la seule. Tu les trouves pas beaux ? Regarde, celui-là, je l’ai fait récemment en pensant à toi.

Ses paroles le surprirent, lui faisant un tourné un regard aussi intrigué que curieux sur le fameux tatouage qu’elle lui révèle en dégageant une partie de ses côtes. Le dessin tracé à l’encre représentait un livre au milieu duquel s’échappait un petit sous-marin. Une image qui le fit sourire un peu plus, quand bien même il ne comprenait pas ce qui lui valait un tel honneur.

-Et bien je n’y connais pas grand-chose, mais j’admire quand même ton talent. Et je suis touché.

L’air marin les enveloppait, les embruns iodés piquetant leurs visages, tandis que Nemo écoutait Mélusine parler de son art avec une certaine passion.

-Je te montrerais tous les autres une prochaine fois si tu veux. Je ne suis pas capable de bien exprimer ce que je suis, ce que j’ai vécu, mais… Ces dessins, ce sont des moyens pour moi de me dévoiler au reste du monde. Il faut juste avoir le bon trousseau de clef pour tout comprendre.

-C’est une sorte de carte au trésor personnelle alors ? J’aime bien cette idée… Cela te va bien et puis tu es douée. Ils sont tous vraiment superbes.

Une carte au trésor qui racontait et dévoilait l’histoire de la sirène, oui il aimait vraiment cette idée, tout comme il aimait la passion qu’il sentait se dégager d’elle et qui se reflétait un peu dans chacune des œuvres de Mélusine. Il passa un bras réconfortant autour des épaules de la jeune femme, la serrant contre lui suite à son dernier aveu, tandis que son regard se perdait sur l’horizon, laissant un silence tranquille les entourer alors que le soleil commençait à décliner doucement, recouvrant la mer et le Nautilus d’un voile dorée, leur donnant une beauté qui parvint à surpasser celle dont ils étaient encore revêtus il y a plusieurs minutes sous un ciel d'un bleu azur. L’acier blanc reflétait peu à peu  de douces lueurs ambrées, un spectacle que Nemo ne cesserait sans doute jamais d’aimer. Car au fond, la liberté était faite de cet horizon qui embrassait son vaisseau.

-Ca m’a vraiment fait un bien fou de te revoir tu sais… Mais je ne voudrais pas te retenir, tu as peut-être des choses à faire. Surtout qu’il commence à se faire tard.

Lui-même avait quelques devoirs de capitaine à remplir encore en cette journée, aussi se releva-t-il après un dernier regard sur ce spectacle unique.

-Tu sais que tu es toujours la bienvenue ici… De toute façon je ne compte aller nulle part pour le moment, alors nous auront surement bien des occasions pour nous revoir. Surtout que tu m’as promis de me faire découvrir ton monde.

Ils repassèrent par la timonerie, le capitaine raccompagnant son amie jusque sur le quai, la serrant une dernière fois contre lui avant de la laisser repartir vers les rues de la ville. Après tout, il leur en restait, du temps. Ils l’avaient pour eux, rien que tous les deux et il comptait bien en profiter en peu.







O Captain! My Captain! our fearful trip is done;The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won


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Piranha Cannibale
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Mer 29 Juin - 3:41

  • Nemo
  • Victoria
Heavy is the cost


Cette retrouvaille me faisait petit à petit retrouver confiance en moi, renoué avec cette jeune fille que j’étais au moment où je l’avais secourus. Je prenais à nouveau conscience de celle qui était moi il y a encore quelques dizaines d’années. Mais prétendre être sensiblement la même aurait été un mensonge. Je pouvais essayer de me ressembler, mais je n’y arriverais sans doute jamais vraiment. J’avais changé, et si au début, ces changements avait fait naître chez moi l’idée folle qu’il serait dur de « renouer » avec Nemo, j’étais forcée de constater qu’il n’en était rien. Et quelque part, c’était rassurant, c’était stable et c’était tout ce dont quelqu’un comme moi avait besoin. Avais-je besoin de préciser que j’avais beaucoup de mal à nouer des relations sociales ? Je parlais peu, et les gens partaient avec des aprioris négatifs sur ma petite personne, sans doute à cause des tatouages. Ou alors c’était mon imagination qui me freinait. C’était cet « apriori » négatif qui m’empêchait de voir vraiment les gens tels qu’ils étaient ? Je n’en savais rien. Je me méfiais de tous, et surtout de ce qu’ils pensaient.
Nous parlions de choses et d’autre avec un naturel qui me surprit moi-même. Moi qui avait tant de mal à aligner deux mots en temps normal. Je bégayais quand je prenais la parole en publique. J’avais un tempérament fort pour certaines choses. Mais pas pour d’autres… C’était ainsi et ça ne changerait sans doute jamais. J’étais pas du genre particulièrement sociable.

-On dirait bien que quel que soit le monde, la société reste la même. Une société qui me conforte dans l’idée de rompre tout lien avec elle…

Mon regard déviât un instant. Je me demandais toujours pourquoi la majorité du monde se pliait pour rentrer dans une case bien précise, et pourquoi ceux qui s’en démarquaient n’étaient que très peu, et étaient souvent délaissés par le reste de cette caste très fermé. Des fois, quand j’étais entourée par ces gens, je regrettais de ne pas entrer dans le moule, de ne pas être comme tous ces attachés-caisses sur patte… Je regrettais d’être comme ça, de ne parvenir à leur ressembler. Et puis d’autre fois, je me rendais compte que cette société n’était que des idiots qui étouffaient l’originalité et la créativité dans l’œuf. Alors j’oubliais. J’oubliais que mon intégration avait de l’importance pour moi. J’oubliais tout pour retourner dans ma petite bulle de rêve.

« Oui c’est toujours ainsi. Si on est pas comme des centaines d’autres personnes, alors on est pas normaux, et on est délaissé par la masse grouillante de gens. On devient alors la persona non grata. On devient… La folle du village. »


Ouais… Lorsque je m’installais sur terre après ce fameux incident, j’étais la sorcière du village, on m’inventait des centaines d’histoires, et une parenté avec la sorcière construisant des maisons en pains d’épices. Les adultes utilisaient mon exemple pour faire peur aux petits enfants. Ce n’était pas les meilleurs souvenirs que j’avais eu. Mais où avais-je vraiment ma place ? Je ne l’avais pas sur terre, et dans la mer, je n’étais pas considérée comme une sirène. Tout cela était dur à porter pour moi. J’avais un manque d’identité. J’ignorais ce que j’étais. Puisque je n’étais pas humaine, mais que d’après mes sœurs je n’étais pas non plus sirène. Alors… Qu’est-ce que j’étais, et où était ma place ? Quelque chose en moi était altéré, quelque chose ne fonctionnait plus bien. Et ça ne plaisait pas aux autres, pour qui l’anomalie était mauvaise. L’anomalie, ça rappelle au reste du monde que la machine peut s’enrayer.
Je lui avais montré sans une honte le tatouage qui couvrait mes côtes. Et pourtant… Un tatouage, c’était intime, ça avait une histoire… ça avait tout un raisonnement. Aucun de mes tatouages n’était fait au hasard. Et chacun au plus profond, faisait écho à ma personne.

-Et bien je n’y connais pas grand-chose, mais j’admire quand même ton talent. Et je suis touché.


Je laissais mon regard dérivé au loin, alors que le soleil couchant faisait flamboyer la mer, rendait le reste du monde doré. Mes cheveux s’envolaient grâce aux doux embruns marins.

« Tu sais Nemo, la malédiction m’a fait t’oublier. Elle m’a fait tout oublier. Tout… Et je ne voulais plus jamais qu’une chose comme ça se passe, alors je me suis transformée en album souvenir vivant. Je ne veux plus jamais être dépossédée de mon histoire, et de celle que je suis. »

C’était… étrange de voir comme on se sentait nue et démunie sans son histoire, sans sa vie… Et pourtant, j’avais vécu pendant 28 ans une fausse vie. Alors j’étais devenue une toile. J’étais devenue le témoin de mon propre passé, et je le serais jusqu’à ma mort, jusqu’à mon dernier soupir. Mais des fois… Il fallait savoir laisser une petite notice, quelques petites explications à ses proches, pour qu’ils comprennent enfin ce que signifiait ces démarches étranges. Et j’avais un trousseau à remettre à l’homme face à moi.

-C’est une sorte de carte au trésor personnelle alors ? J’aime bien cette idée… Cela te va bien et puis tu es douée. Ils sont tous vraiment superbes.


Je lui offris un clin d’œil énigmatique, touchée au plus profond de moi par ses compliments. Le dessin était vraiment pour moi un moyen de m’exprimer, bien plus qu’avec des mots, bien plus qu’avec n’importe quel geste. Moi je m’exprimais avec une feuille et un crayon, avec une aiguille et de l’encre. Et chaque piqûre me rappelais ce à quoi j’avais échappé, chaque pic de douleur était une réminiscence.

« Qui sait… Tu pourrais peut être trouver un trésor plus intéressant que tu ne l’aurais cru. »


Et bien trop vite, le jour s’en alla, laissant place au crépuscule. Le ciel se colorait en rouge, jaune, orange, rose… Et c’était purement magnifique. A cette hauteur on aurait pu se croire les rois du monde. Un peu comme cette scène du Titanic où le gars le hurlait à la terre entière –et aux icebergs-
C’est ainsi qu’on prit congé l’un de l’autre. J’aurais apprécié que cette journée ne finisse jamais. En fait je n’avais absolument pas prévu de passer autant de temps dehors de chez moi. Je n’avais pas non plus prévu de renouer avec une ancienne et très chère connaissance. Il me serra affectueusement dans ses bras, et j’en fis de même, me mettant sur la pointe des pieds pour déposer une bise sur sa joue. Lui offrant un sourire malicieux.

« Hé bien… Bon courage pour tes petites occupations, et compte sur moi pour revenir très vite t’embêter. Je te dois une virée en ville, et ça je suis pas prête de l’oublier. Merci pour ce temps passé avec toi. Ça m’a fait un bien fou. »


Je me retournais ensuite, chargeant mon petit sac sur mon épaule, m’éloignant d’une démarche lente. En réalité… J’aurais vraiment pu rester une année entière en sa compagnie sans éprouver le besoin de m’éloigner… Et je savais au plus profond de moi que je n’allais pas laisser passer la chance qui m’était offerte. Je n’allais pas cracher sur une main amie. Je ne me rendis pas compte du chemin que j’empruntais, plongée dans mes pensées, et c’est par pur automatisme que je rentrais chez-moi. Cette rencontre allait retourner mes méninges durant bien des heures.



...



If you'll be my boat I'll be your sea


I live to make you free But you can set sail to the west if you want to And pass the horizon, 'til I can't even see you Far from here Where the beaches are wide Just leave me your wake to remember you by  | © Vent Parisien






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