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Baby can you move it round the rhythm

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Piranha Cannibale
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Dim 26 Juin - 15:05

ft. Daemon

ft. Victoria

「 Baby can you move it round the rhythm」


Le soir, l’air se faisait plus frai que la journée.  J’observais de ma fenêtre les lumières de la ville s’allumer. Cette ville qui n’était qu’un encombrant micmac de bureaucrates de la bourse de wall-street de jour, avait un autre aspect la nuit. Surtout si l’on savait où s’amuser. Et je le savais très bien. J’avais eu un jour de repos aujourd’hui (comme quoi ça sert de faire les yeux doux au patron). Mais une petite part de moi savait que je ne travaillerais pas éternellement dans ce vieux café miteux. Ce qui m’attendait… C’était les paillettes, les limousines. C’était ce dont je rêvais de tout mon cœur. Et Grand-maman O’Donnel disait toujours que lorsqu’on voulait quelque chose, on l’obtenait. La preuve, dans sa jeunesse, elle avait quitté l’Irlande pour arriver en Amérique. Pourquoi ? Parce qu’elle était à la poursuite d’un homme, et ça lui avait réussi, puisque grand maman avait fini par avoir un charmant jeune homme au bras et la bague au doigt. Bague que j’avais vendue afin de pouvoir me payer une robe digne de ce nom. C’était l’une de ces robes de soirées noires, moulante, à franges bordés de fils argenté dessinant des motifs géométriques. Une robe qui commençait a passer de mode, mais qu’importe. Aujourd’hui j’allais côtoyer les paillettes. Je ne serais plus serveuse, mais anonyme au plein cœur d’une foule de tous horizons. Et peut-être, je dis bien peut-être que j’aurais mon portrait en grand sur des affiches, comme Viola Dana par exemple. J’avais vu dans une de ses interviews qu’elle avait été recrutée dans ce type de soirée. Fille de rien, je rêvais d’attraper la lune, et de m’élever parmi les étoiles. De longues boucles brunes venaient chatouiller mon épaule dans une coupe savamment élaborée et pompée dans un magazine. Perchée sur mes hauts talons, je finissais ma dure entreprise qui consistait en un maquillage uniforme, faisant ressortir mes yeux de biche. J’enfilais mon tour de cou, piqueté de faux diamants, ainsi que ma parure. Un cabochon bleu rappelant la couleur de mes yeux, ainsi que quelques plumes, venant se perdre dans ma chevelure aux reflets chocolat. Apportant un petit sac discret avec moi, un dernier regard à mon miroir, et je sortis finalement de mon petit appartement, prenant soin de verrouiller la porte derrière moi. Point de limousine pour les petites serveuses, juste les bons vieux taxis jaunes aux sièges de cuir molletonné et défraichis, ainsi que l’odeur de tabac froid persistant. Je sortais une cigarette de mon petit sac a main, allumant son extrémité avec une petite boîte d’allumette. J’allais donc contribuer à l’odeur immonde de ce véhicule pour me passer les nerfs. J’avais indiqué l’adresse d’un petit théâtre. Même si ce n’était pas mon truc, j’allais pas passer à côté de ce genre de petite activité. Le taxi m’éjecta une fois devant le théâtre du Chat Noir. Je laissais un petit billet à contre cœur au chauffeur. Dire que c’était le pourboire d’un client… L’air frai de la soirée fit frissonner ma peau, alors que j’avançais la tête haute. Une fois devant le guichet, je demandais d’une voix douce et impérieuse.

« Bonjour, je souhaite une place pour le spectacle, à la loge 5. »

Je sortis de mon sac à main une petite carte qui était mon sésame pour rencontrer les têtes dorés de Hollywood. Cette carte, j’avais eu toutes les peines du monde a l’obtenir. Mais rappelez-vous ce que disait Grand-Maman O’Donnel bon sang ! C’est ainsi qu’un homme m’escorta jusqu’à la dite loge, allant même jusqu’à m’ouvrir la trappe dans laquelle je m’engouffrais. La musique me parvenait au loin. Je descendis les marches jusqu’à arriver à une pièce en sous-sol. Un groupe de musique jouait ce qui semblait être un swing endiablé, alors que des serveuses à paillettes cheminaient parmi les têtes de Hollywood. Les producteurs, les starlettes, les politiciens et les mafieux. Tous étaient réunis pour passer du bon temps, et la police fermait les yeux, puisque le commissaire se trouvait lui aussi parmi les convives.  La décoration était vraiment plaisante. Je délaissais ma cigarette dans un cendrier, avant d’évaluer quelle serait la personne la plus abordable. Quel serait… Le premier barreau de l’échelle ?




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Dim 17 Juil - 3:04





Baby can you move it round the rhythm



Les bruits de la ville avaient peu à peu déclinés. Ils avaient à présent une teneur différente. Les cris d'enfants avaient été remplacés par les discussions des groupes d'ouvriers qui, après une dure journée de travail allaient par petits groupes jouer aux cartes ou se détendre dans un speakeasy devant un whisky frelaté. La ville était différente la nuit et le jour. Le jour s’était l’effervescence, le mouvement incroyable de la foule qui entrait et sortait à toute vitesse des bureaux, des usines, des écoles et des administrations. Tous ces américains, cols blancs et cols bleus, d'origine ou d'adoption -d’ailleurs ceux qui n'étaient pas né aux Etats-Unis, et il en faisait partie, mettaient un point d'honneur à courir encore plus vite - qui allaient et venaient, allaient et venaient toujours plus vite, toujours plus haut ... Car ici, il fallait toujours construire plus haut, travailler plus, faire mieux, aller plus haut, plus vite, plus vite ... La nuit au contraire, les fêtes battaient souvent leur plein quand on connaissait les bons endroits, les Cadillac blanches et les Ford noires modèle T sortaient quand bien même la fraicheur avait parfois de quoi décourager les plus courageux. Mais le froid n’était pas chose à décourager Daemon McDonalds. A dire vrai, peu de choses y parvenaient. Accompagné de son agent, il était sorti de la confortable Rolls Royce Phantom, posant un rapide regard sur l’entrée du théâtre du Chat Noir. Il était bon de revenir aux sources, même si ce soir ce n’était nullement pour monter sur les quelconques planches d’une scène, même si il ne s’était jamais produit dans ce théâtre au cours de sa carrière. Mais c’était au théâtre qu’il avait fait ses premières armes, sortant tout juste diplômé de la Guildhall School. La scène était son univers, que ce soit celle d’un film ou d’une pièce, il n’y avait que le feu des projecteurs, la passion des planches. Jouer des rôles, un roi, un garde, un amoureux transi, des rôles où il n’était jamais lui, où le mensonge et l'hypocrisie étaient l’apanage des forts. Charmer, faire vibrer, séduire, il avait toujours su faire ça. Les yeux doux, les sourires élégants, les airs angéliques, pour avoir ce qu’il désirait aussi. Mais sans doute qu’avec un père producteur de théâtre et une mère comédienne également, sa voie s’était faite de manière assez naturelle. Des planches de théâtres Londoniens et de sa grande interprétation dans Faust, il avait ensuite peu à peu basculé vers les petits rôles de cinéma jusqu’à avoir la chance de décrocher de plus grand rôle. Le début de la gloire, le début des grandes affiches et des rôles titres comme celui du Dr Jekyll et de Mr Hyde dans le dernier film qu’il venait tout juste de tourner et qui n’était même pas encore sorti ou des rôles de composition un peu moins importantes, cela variait.

Qu’avait dit la critique de son dernier film déjà ? Ah oui que pour ce rôle où il n’exprimait avec brio que veulerie et suavité, il parvenait quand même à illustrer à la perfection la séduction masculine. Et on ne pouvait nier en le croisant que malgré son apparence svelte, élancée et soignée il incarnait à merveille les plus grandes tentations. Ce n’était pas pour rien, que son sourire en coin faisait fondre toutes les jeunes filles bien élevées quand il s'en donnait la peine, pas plus que sa minceur qui ne dissimulait pas les muscles durs, pas plus que la finesse de ses grandes mains, pas plus que ses costumes élégants qui mettaient en valeur sa silhouette élancée. Cela allait même jusqu’au tic de ce haussement de sourcil malicieux qui avait le don de faire rire n'importe qui. Il avait suivi mécaniquement son agent et leur escorte jusqu’à la trappe qui se cachait dans la loge n°5 du théâtre. Avant même de descendre, il avait perçu les rumeurs en bas des marches, la musique d’ambiance discrète et le murmure des conversations. Il s’était appuyé durant un instant sur la rambarde des escaliers, jetant un coup d’œil en contrebas, profitant de la vue plongeante sur toute la salle bondée. L'intérieur était bruyant, le parquet grinçait sous leurs pas et de nombreuses tables étaient disposées en désordre un peu partout dans la pièce mais respirait un luxe cossu et discret … mais évident. La preuve en était de la correction des serveurs qui allaient et venaient comme des ombres dévouées en costume noir, le style élégant des tables et des fauteuils de velours rouge, l'orchestre de jazz, les décorations élégantes des murs et de la grande salle centrale où bruissaient les conversations et le murmure du saxophone ... Rien ne changeait jamais au Chat Noir. La salle était toujours remplie d'hommes et de femmes, buvant, discutant et riant. Les mêmes clients noyaient leurs muscles endoloris dans le même alcool de contrebande. Les mêmes disputes stupides éclataient à l’occasion entre des hommes échauffés par la fatigue et la testostérone. La même odeur de sueur et de parfums mêlés, les mêmes rires de femmes. L'odeur de la vie telle que la connaissait Daemon, l'odeur d'une libération qu'il n'avait jamais vraiment ressentie comme sienne. Beaucoup des personnes qui entrait et passait leur soirée ici pouvait d'office être considéré comme un nabab, un "de la haute", sans presque aucune ambiguïté. Producteurs, réalisateurs ou politiciens, ceux qui étaient assis dans le bar le savaient, et savouraient autant cette confirmation de leur appartenance à l'élite américaine que leurs verres de whiskey et leurs gros cigares. De plus ici, les riches clients n'étaient pas dérangés par le fait que le propriétaire du speakeasy soit un des gangsters de la ville. Au contraire, rien n'était plus chic que de compter un trafiquant de réputation atroce parmi ses relations. Pourtant, au milieu de cette foule, certains étaient plus anonymes, d’autres étaient de vrais voyous, et d'autres de simples hommes d'affaires qui ne se sentaient à l'aise que dans un milieu où ils pouvaient se faire de l'argent, même si cet argent était sale et sentait l'alcool frelaté. Les autres buveurs étaient soit juste d'honnêtes richards - si tant est que l'on pouvait être riche ET honnête- ou simplement d’honnêtes citoyens anonymes. Même les figures les plus respectées des forces de l’ordre avaient leur place ici … Et quant à ceux qui les reconnaissaient, ils décidèrent aussitôt d'oublier qui ils étaient et surtout qu’ils étaient là ce soir.

Ironiquement, l'amnésie était un mal très lié à l’amendement 18… un mal bien plus violent que celui qu’il était censé interdire. Descendant les marches, Daemon s'avançait, la tête haute, son agent à ses côtés. Il portait un costume d’un bleu sombre et élégant avec un nœud papillon, une barbe de trois jours pourtant taillée parfaitement, des cheveux noir bien coiffés et gominés, le regard perçant et une classe et une confiance en soi encore plus appuyée que les personnes qu'il rejoignait à leur table. Il ne perdait pas de temps à regarder les autres invités, il s'avançait dans la pièce simplement, n'y prêtant pas attention. A vrai dire si il avait eu le choix il aurait préféré passé sa soirée ici bien plus librement, plutôt qu’aux côtés de tous ces autres acteurs, donateurs, patrons et réalisateurs qui se massaient autour d’eux. Mais comme le lui avait si bien soufflé son agent, si il tenait vraiment à ce que son essor continu pour avoir son nom sur chaque lèvres et immédiatement associé aux plus grands films alors il devait garder une attitude courtoise tout en souhaitant au fond de lui que chacun d’eux tombe raide mort. La politesse n’était pourtant pas une chose qu’il estimait ou était enclin à pratiquer, mais c’était quelque chose qu’il avait appris à imiter le plus parfaitement du monde. Après tout il était très bon acteur et il avait été forcé d’admettre tôt dans sa carrière que sa capacité à trouver un travail intéressant serait sévèrement compromise s’il ne jouait pas le jeu. Et Daemon McDonalds était un très grand joueur. Un jeu auquel il devrait se plier ce soir, la pièce comportant au moins douze personnes dont il souhaitait conserver les bonnes grâces, et une autre douzaine dont les bonnes grâces avaient bien besoin d’un petit effort de sa part.

-Alors dis-moi quel sera ton emploi du temps pour l’été prochain ?

La soirée avait avancé en douceur, le grand brun se trouvait maintenant confortablement installé sur une banquette, à discuter avec un trentenaire aux cheveux gris, un cigare à la bouche et un verre à la main, répondant à la question de sa voix pleine de velours.

-Je ne sais pas encore. Pourquoi ?

L’homme avait haussé les épaules évasivement avant de sourire.

-Que dirais-tu de faire du bon vieux Shakespeare déconstruit ?

-Je suis intrigué.

Une lueur malicieuse et joyeuse passa au fond de son regard d’encre. Cela faisait un petit moment qu’il n’était pas revenu à son premier amour, la scène de théâtre. Alors si on le prenait par les sentiments…

-Je savais qu’il valait mieux que je le mentionne maintenant.

-Et tu as bien fait, il faudra qu’on se revoit dans un endroit plus calme pour en discuter.

D’un sourire amical et d’une tape sur son épaule il leva son verre vers l’homme, avant de faire de même vers les autres occupants de la table en penchant la tête avec un sourire presque forcé pour les saluer avant de faire signe à son agent en pleine démarche qu’il s’éloignait un peu. Certains le reconnaissait, d'autres pas du tout ou n'y prêtait pas attention. Il avait ainsi traversé la foule jusqu’au bar pour commander un verre, boudant le whisky de contrebande pour un verre de bathtub gin jouant d’une main avec son petit étui à cigarette doré, se perdant parmi les clients comme presque n’importe quel anonyme, endossant une nouvelle peau factice sur ses traits, jouant un jeu pour lui seul, profitant d’un peu de liberté tant qu’il n’était pas obligé de retourner auprès de ses paires.












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Piranha Cannibale
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Dim 24 Juil - 14:14

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「 Baby can you move it round the rhythm」



Il y a certains lieux qui peuvent être considérés comme magique dans un monde qui est dépourvus de ce genre d’artifices. Il y a certains lieux qui vous feront presque croire que les fantômes existent, ou que les lutins peuplent les forêts. Et il y en a d’autres qui vous font plonger dans un monde qui, même dans une dimension parallèle, ne pourrait être inventé. Le lieu que j’avais le luxe de fouler du pied en faisait partit. Étrange, mystérieux, mystique, un lieu où le loup pouvait fricoter avec la brebis sans être inquiété outre mesure. Un lieu où le malfrat buvait en compagnie du flic, parlant sans doute « affaire ». Un univers où les codes sociaux et moraux n’avaient aucune importance, puisque nous étions cachés des autres. Règle numéro un… Tu ne parles pas du théâtre du chat noir. Mais bien sûr, il y avait toujours des idiots pour tout gâcher, puisque moi-même avais été au courant, quelqu’un avant vendu la mèche.
Étrangement, la prohibition avait fait en sorte, au lieu de faire disparaître l’alcool, d’en faire quelque chose d’inhérent à une bonne soirée, là où à une époque, ceci n’était pas forcément obligatoire. Maintenant il était sans cesse invité aux tables, comme le plus prestigieux, le plus beau. On l’adulait peu importe la déclinaison de ses robes. Peu importe la provenance. Tout le monde l’aimait. En réalité, c’est lorsque quelque chose est interdit qu’on se précipite dessus… L’interdit, n’est-ce pas le plus beau délice à franchir ? C’était pour cette raison que moi, petite serveuse, j’avais franchis la ligne. Car la barrière entre riches et pauvres relevait presque de l’interdit. Je ressentais un plaisir malsain et étrange à me trouver parmi tous ces gens… Comme une voyeuse qui n’avait nullement sa place ici. Quelqu’un qui se délectait d’un spectacle auquel elle n’était pas conviée. Persona non grata toute une vie, je n’allais pas me laisser démonter. Je VOULAIS moi aussi goûter aux richesses, je voulais goûter au Hollywood doré qu’on me vendait à coup de photos dans les magazines. J’avais au bout des doigts MON rêve américain. C’était à moi de le saisir et de lui arracher les ailes pour moi-même les revêtir. L’oncle Sam pouvait m’apporter mon succès, tout comme ma déchéance. Mais c’était un risque à prendre. Un délicieux petit risque. La vie est bien fade si il n’y a rien pour relever le niveau je pense. La vie est pourvue de défis qu’il nous fait relever. Celui qui ne lève pas le petit doigt et ne fait pas d’effort mourra seul dans le froid. Et je m’y refusais. Je me refusais à cette vie de misère qui me tendais les bras. Si Grand ma’ O’Donnel avait baissé les bras, elle serait sans doute vieille et seule dans un bled paumé d’Irlande à l’heure qu’il est… Et pourtant, aujourd’hui Grand Ma’ était quand même vieille et ridée (que pouvons-nous faire face au temps sérieusement ?! Quoi que… j’avais lus un article qui suggérais que vu les avancés, nous serions en mesure de découvrir la régénération cellulaire et les voitures volante durant les années 2000, c’était tellement loin ! mais je ne perdais pas l’espoir de devenir immortelle à ce moment hein ! La science-fiction, c’était la nourriture de certains rêveurs.) mais Grand Ma’ avait réussi dans le sens où elle possédait une longue descendance trèèèèès fournie. J’avais une trop grande fratrie à mon goût, et foule d’oncles et de tantes. Bien trop pour vraiment me démarquer. Au lieu d’être Victoria, fille qui apporte victoire et félicité à ses parents, j’étais la petite « Vicky »… Pitoyable !

La trappe s’ouvrit à nouveau, et je me décalais, englobée par l’ombre, pour voir quels étaient les nouveaux venus. Cette découverte piqueta mon attention. Je connaissais ce type… Je l’avais déjà vu. J’en étais sûre. Je sortais de mon petit sac à main une cigarette, que je portais à ma bouche. Soudain je réalisais de qui il s’agissait. Le jardinier de l’hôtel où je bossais de temps à autres comme femme de ménage avait un bouquin remplit de photos de stars, des plus vieilles, des plus récentes. Ce type était l’un d’entre eux. John avait même réussi à trouver quelques coupures de pièces par rapport à ses débuts. Je ne savais pas comment il se l’était procuré, puisque cela venait d’un journal anglais. Enfin… « quand on aime on ne compte pas » n’est-ce pas ? Je cherchais dans mon sac à main mon paquet d’allumettes, tentais d’allumer ma dernière qui s’éclaira alors l’espace d’un battement de cil pour mieux mourir. Je poussais un soupir. Et ce bel acteur qui venait de me passer sous le nez. A la réflexion, je pensais avoir lu un article sur lui très récemment, les tabloïds sont friands de « scoops » concernant le cinéma et ses petites étoiles, montante comme filante ! Je lorgnais tout autour de moi, cherchant de me sortir de ce mauvais pas, ayant pour l’instant ENVIE d’un peu de nicotine, quand je le revis, lui, un verre à la main. Pourquoi pas ? Après tout… Tout le monde se baladait avec du feu non ? Je m’approchais doucement, plaquant sur mon visage, mon plus beau regard de biche, et un sourire décontracté. Une fois devant lui, je lui tapotais dans le dos pour attirer son attention, n’étant pas assez grande pour viser l’épaule sans devoir me ridiculiser devant tout le monde.

« Excusez-moi… Vous auriez du feu ? »

Une voix aussi chaleureuse que du chocolat chaud, une voix de séductrice hors pair. C’était avec cette voix que je me faisais la moitié de mon salaire en pourboire. Les hommes n’étaient que des animaux, pour la plupart du moins… Et il était tellement simple de leur faire entendre ce que nous voulons bien qu’ils comprennent. Certains me taxeraient de… Manipulatrice, de « monstre de femme » ont-ils raison ? Tout à fait. Mais les piégés étaient souvent les plus grands râleurs. Je lui offris une expression feinte à la perfection (je m’entraînais devant mon miroir chaque matin depuis maintenant dix ans), et j’avais FINIS par retrouver son nom.

« Ne seriez-vous pas Daemon McDonalds ? Je crois avoir lu une de vos interviews cette semaine… Je ne parviens pas à me rappeler où. Quelle surprise ! »

La célébrité était à moi… La jalousie me dévorait comme des vers, la jalousie de ne pas être aussi riche qu’eux, de ne pas avoir eu la même vie. Moi j’avais vécu dans la campagne, ma famille peinait à joindre les deux bouts… j’avais vécu dans la misère. Le truc, c’était de ne pas finir comme ce zozo… Icare ? Quelque chose comme ça, et de ne pas voler trop près du soleil. Ce serait stupide de sombrer vu tous les efforts colossaux que j’avais fait. Grand Ma’ se retournerait dans son rockingchair… Et elle me botterait le cul, et elle aurait bien raison !






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Lun 8 Aoû - 2:49





Baby can you move it round the rhythm



On était en 1922.

C'était l'Amérique triomphante du Président Harding, républicain bon teint plus proche des américains que son prédécesseur le Démocrate pro-européen Wilson, un utopiste qui avait voulu que les Etats-Unis adhérent à la SDN. "Pourquoi faire, Bloody Hell ?" Avaient répondu les américains. Après tout, si les français, les allemands et cette bonne vieille Angleterre voulaient encore se faire une petite guerre, pourquoi les Etats-Unis devraient y participer ? Chacun pour soi et Dieu était dans tous les camps. Ainsi Wilson avait perdu les élections face à l'immobiliste Harding. C’était l’Amérique doré. C’était les femmes qui votaient depuis 1920 et les noirs qui travaillaient maintenant pour le même salaire -ou presque- que les blancs. C'était le Taylorisme, les usines qui employaient des millions de personnes dans le pays et qui déversaient tous les jours dans les magasins des milliers de boîtes de corned-beef, de savon, de chaussures, de machines à dactylo et de voitures neuves et brillantes que de plus en plus de gens pouvaient s'offrir grâce aux Five-dollars-Days. C'était aussi la mainmise des banques américaines sur le Vieux Continent à cause des dettes de «leur» Grande Guerre. Les banques juives de la Treizième avenue dirigeaient Wall-Street et Wall-Street dirigeait le monde. La terre entière était à conquérir …

Oui, pourquoi se faire du souci pour les fichues histoires de ces Européens ? Tout allait bien de ce côté de l'atlantique.

Tout le monde se réunissait chaque soir pour profiter des tripots, de l’alcool qui coulait quand même à flot. Les commerces des bookmakers et autres florissaient un peu partout et tout le monde en profitait. Au théâtre du Chat Noir, on retrouvait donc les stéréotypes de grandeur, de luxe et d'abondance pour lesquelles Hollywood était devenue célèbre et au fond, Daemon en faisait lui-même un peu partie. Artificiel jusqu'aux pointes de ses boucles. A la manière d'un être créé de toutes parts -hormis qu’il n’est pas l’un des seul à manipuler, ici. Et il leur laissait bien croire à tous qu’il n’était qu’une jeune étoile montante malléable, un jeu qui lui apportait bien plus d'amusement que ce qu’il avait au départ cru. Et finalement lui aussi était à la conquête du monde. En traversant la salle bondée du speakeasy remplie d'hommes et de femmes, buvant, discutant et riant, il laissa ses yeux voguer sur les clients déjà enivrés par l'alcool âpre et l'attente. Avalant tranquillement une gorgée de son propre verre, la brûlure de l'alcool dans sa gorge était exquise, une voix et une main légère dans son dos avait toutefois attiré son attention.

-Excusez-moi… Vous auriez du feu ?

Il s’était retourné lentement, comme le maître de ces lieux ou presque, ses yeux noirs comme de l'encre se posant sur un petit bout de femme, des boucles bruns chocolat et des yeux bleus,  et l'air presque penaude de le déranger. Il profita d’ailleurs d’un court instant pour l’observer discrètement. Son visage plaisant et plutôt séduisant d’abord, la chevelure impeccablement lissé et coiffé, lui laissant entrevoir une jeune femme méticuleuse. La robe noire, loin d’être neuve à première vue mais parfaitement empesé ensuite. Puis la cigarette accrochée entre ses doigts. Des détails sûrement, mais pour quelqu’un qui comme elle n’avait pas du grandir dans les beaux quartiers, ces détails importaient. Les apparences, c’est souvent tout ce qui compte quand vous êtes pauvre. Une fierté à laquelle on se raccroche faute d’avoir de l’argent dans les poches. Sa main avait donc glissé dans la poche de son pantalon, tirant dans un geste agile et félin son zippo de sa cachette, faisant quelques pas vers la demoiselle qui avait finalement porté la cigarette à ses lèvres, alors que lui l’allumait d’un geste élégant induit par l’expérience.

-Détestable chose que la cigarette, hm ?

Sa voix est modulée, douce et polie, en réponse à la sienne. A laquelle il glisse évidemment un brin d'amusement. Mais il ne faut pas trop en douté, c’est là un visage factice. C'est un sourire charmeur, séducteur, à la manière d'un incube, à la fois poli et amusé. C'est quelque chose qu’il a appris très tôt -ne jamais être lui, quand il y a des caméras ou des gens qui peuvent le voir. Mais il n’est pas le seul à jouer un jeu ce soir il semblerait, un petit sourire amusé frôlant à nouveau ses lèvres, au mot surprise qui s'échappe de la gorge délicate de la demoiselle. Oh l’expression était parfaite ça à on ne pouvait le nier, mais une note légère dans la voix avait suffi pour un habitué de cette mascarade délicieusement dysfonctionnelle qu'était les paillettes d'Hollywood comme Daemon. Après tout c’était à l’image de cette pièce où l'absurde faisait place au grotesque… Oui messieurs, dames bienvenue dans le monde du paraître.

-Oh vous parlez de cette interview dans Photoplay qui parle de mon dernier film et qui dit que je suis l'essence même de la gentillesse et de la civilité, et de tout ce qui est admirable ?

Il arborait un sourire amusé des plus faux, sortant à son tour une cigarette de son petit étui doré, l’allumant d’un simple geste, soufflant de la fumée d'entre ses lèvres d'une façon lascive et joueuse, créant une seconde un écran qui se dissipe dans l'air. Oh oui bien sûr il a bien donné une interview à la fameuse revue de presse suite à son interprétation dans The Light in The Dark, un film inattendu mais qui avait au final rencontré un fort succès et pour lequel plusieurs critiques l’avaient acclamé. Bien sûr cette interview n’avait jamais parlé de sa gentillesse et de sa civilité et Daemon le savait bien, mais cherchait plutôt à tester cette demoiselle. Et surtout à s’amuser d’elle il fallait bien le dire.

-Enfin me voilà démasqué… Puis-je faire autre chose pour vous ?

Il avait ce sourire amusé, rieur, charmeur aux lèvres -ce sourire qu’il sert aux journalistes et aux producteurs. Un sourire joueur. Et beaucoup se laissaient avoir par cette étendue factice, cet accoutrement. Car en vrai Daemon McDonalds était un monstre. Un monstre orgueilleux, vaniteux et profiteur sans oublier fourbe et manipulateur. Alors il endossait ce rôle charmeur avec cynisme et humour, avec classe et prestige. Oui il était un monstre, mais auréolé de gloire et porté par un public naïf et incertain. Jetant donc un très bref regard vers la table où son agent est encore en grande discussion, il se contente finalement de la regarder, interrogateur.












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Piranha Cannibale
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Dim 28 Aoû - 1:00

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「 Baby can you move it round the rhythm」


De petite fille, j’avais finis par avoir le statut de femme. Mais délaisser l’enfance était quelque chose de difficile, il fallait se dépouiller de l’innocence, de ce sentiment d’être immortel, C’était comme si j’étais un ange qui avait laissé une à une ses plumes pour finir par en être dépouillée. Pour finir par être… Mise à nu, sans aucune protection. L’enfant vivait par le jeu, par l’imagination, l’adulte croulait sous la responsabilité et le devoir. Un sourire vint frôler mes lèvres quand je repensais à cette époque de ma vie où j’étais enfant et que je parcourrais les champs, une petite couronne de fleur ceignant ma tête comme couvre-chef. Mais en tant qu’adulte, j’avais encore une seule et unique plume cachée bien au fond du cœur. J’avais un rêve. Mais les rêves d’adultes ne sont pas comme les rêves d’enfants. Ceux d’enfants sont irréalisables, ils sont idéales. Ceux d’adultes… Ils sont tellement proche qu’on pourrait s’en saisir, et tellement obsédant qu’ils tournent en boucle dans nos têtes. Les rêves d’adultes vous entraîneront toujours vers le fond. Et il en sera toujours ainsi. Nous n’étions qu’une bande d’enfants à qui on avait arraché l’innocence et l’immortalité. La candeur s’en était allée, ne laissant que désillusion sur son chemin, ainsi que quelques coquilles de rêves à moitiés vides.
Je posais les yeux sur l’élégant jeune homme qui me faisait face, ma cigarette aux lèvres, attendant sagement. Il sortit un Zippo que je serais sans doute incapable de me payer et m’alluma ma cigarette. La fumée me réchauffait jusqu’aux entrailles. Posant mon regard de biche sur lui, daignant finalement répondre d’une voix douce et chantante.

« Détestable, mais aussi tellement appréciable. Comme un peu près tout en ce monde, ne croyez-vous pas ? »


J’expulsais un peu de fumée, prenant soin de détourner la tête pour éviter de lui envoyer de la fumée plein la figure et aussi l’incident diplomatique. Quoi que… Le cigare avait une odeur bien plus âcre qu’une petite cigarette de rien du tout. J’avais remarqué que la grâce dont parlait nombreux magazines à son sujet n’était pas feinte, l’homme avait une gestuelle bien à lui, tout en finesse et en adresse et je devais avouer que c’était assez impressionnant à voir ! Mon regard rencontre le sien, se perdant dans la contemplation de du sien. Là-dessus aussi, les magazines ne mentaient pas, et les photos qui s’y trouvaient ne rendaient pas vraiment justice.

-Oh vous parlez de cette interview dans Photoplay qui parle de mon dernier film et qui dit que je suis l'essence même de la gentillesse et de la civilité, et de tout ce qui est admirable ?


Je froissais un instant les sourcils, réfléchissant à vivre allure. La grande partie de ma paye partait dans mon appartement, le reste se bataillait entre les magazines et les vivres. Enfin… J’avais lu le magazine en question, mais il ne me semblait pas avoir lu de quelconques remarques sur de la gentillesse par rapport à ce canon. Et j’avais une mémoire d’éléphant, en plus d’avoir des cartons pleins de magazines en tout genre parlant de cinéma, de photographies. Je repris une expression sobre, charmante, ce cruel dilemme n’avait duré que peu de temps. J’aurais pu me la jouer mouton, acquiescer en riant… Mais il n’en était rien. Au contraire… Ce n’était pas mon genre de jouer ce genre d’idiote, alors je choisis la sincérité, prenant une moue de candeur et de naïveté un peu benêt.

« Ha ? Désolée de vous contredire… Mais vous êtes sûre ? Je ne suis pas certaine d’avoir lu la même chose que vous dans ce cas… C’est étrange… Tellement étrange… Pardonnez-moi, je dois être un peu sotte, j’ai peut-être confondus avec quelqu’un d’autre ? Non… Non il me semblait bien que c’était vous. Mais il n’est aucunement fait mention de ce genre de compliment. Cela mettait plus en avant le côté sombre de votre personnalité si j’ai une bonne mémoire. »

Enfin… Impossible de vraiment le voir de mes mirettes, parce que le cinéma était trop cher pour ma petite personne. J’essayais de temps en temps de mettre le grappin sur quelqu’un en mesure de me payer une place, prétextant un rendez-vous galant, mais j’avouais être un peu laissée sur le carreau en ce moment, cela me coupait définitivement des films.

-Enfin me voilà démasqué… Puis-je faire autre chose pour vous ?


Hm c’était déjà une avancée n’est-ce pas ? Je lui offrais un regard amusé. Il fallait dire qu’en plus d’être connu… Il était séduisant. Mais quelque chose de foutrement plus sombre se cachait derrière ses risettes et ses yeux doux. Quelque chose qui me soufflait de faire attention à où je mettais les pieds. Quelque chose qui murmurait « danger ».

« Hé bien… Que diriez-vous de m’inviter à danser ? Cela n’engage à rien hormis de faire plaisir à la demoiselle qui a découvert votre secret pas si secret que ça… »

Une moue amusée s’afficha sur mon visage alors que je tirais une dernière latte, écrasant proprement mon mégot dans un cendrier présent sur le comptoir. Ho ne croyez pas que je l’avais écrasée à moitié fumé, comme beaucoup de chose, la cigarette ça coûtait du flouze, j’avais fumé jusqu’au filtre, Puis j’avais attrapé la main de l’homme dans la mienne. Me perdant une nouvelle fois dans ses yeux noir, une fausse candeur s’affichant alors sur mon visage pâle aux joues rosés.

« Alors, m’accorderiez-vous cette danse ? »


Une femme avait bien la possibilité de voter de nos jours, alors pourquoi pas jeter un nouveau coup dans la fourmilière et inviter un homme à danser ? Comme dit Grand-Maman, quand on voulait quelque chose, fallait le prendre avant qu'une autre donzelle ne passe et vous rafle votre convoitise sous le nez.






If you'll be my boat I'll be your sea


I live to make you free But you can set sail to the west if you want to And pass the horizon, 'til I can't even see you Far from here Where the beaches are wide Just leave me your wake to remember you by  | ©️ Vent Parisien






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